L’Université de l’Ontario français, un trait d’union

OPINION / Depuis maintenant plusieurs semaines, les débats se poursuivent sur le sujet de l’Université de l’Ontario français et sur sa fermeture imminente. Cristallisée par un geste politique controversé, l’opinion publique francophone s’est largement mobilisée pour la sauvegarde et le développement de cette institution, au même titre qu’elle s’est mobilisée pour le maintien du Commissariat aux services en français.

Si elle peut sembler identitaire ou encore revendicatrice, cette mobilisation traduit en réalité la volonté affichée par les communautés francophones de l’Ontario de participer elles aussi à la construction, au développement et à la prospérité de notre province. Ce qu’elles font d’ailleurs depuis plus de 400 ans déjà.

En 2019, la société et l’économie de l’Ontario sont intimement liées aux événements mondiaux, à l’accélération des échanges en flux serrés, à l’homogénéisation des habitudes de vie et des comportements de consommation. Elles sont aussi soumises à la concurrence permanente entre les États, leurs législations, leurs infrastructures et leurs citoyens. Généralement, cela se traduit par des phénomènes antagonistes de rapprochement des ensembles culturels et des personnes, d’une part, et d’éloignement des intérêts et des peuples d’autre part.

Surfer sur cette nouvelle donne, c’est appréhender de façon polyvalente les différents enjeux qui se présentent à nos communautés, à nos institutions, à nos entreprises ou encore à nos citoyens. C’est aussi être en mesure de capitaliser sur les différences pour en faire autant de recettes de succès collectifs.

L’Université de l’Ontario français, selon nous, incarne cette polyvalence et cette approche rendue nécessaire afin de connecter les populations francophones de l’Ontario (et notamment de la région la plus populeuse de la province, celle du Grand Toronto) et les autres environnements, groupes de populations, marchés, etc.

Oui, nous sommes d’avis que l’Université de l’Ontario français nourrit la capacité d’augmenter la compétitivité de notre province en misant sur sa population francophone, qui peut aisément pénétrer la francophonie mondiale. D’autant plus que le projet de l’UOF inclut la création du Carrefour francophone du savoir et de l’innovation, un regroupement d’une quinzaine d’organismes et d’institutions de langue française du Centre-Sud-Ouest ontarien, parmi lesquels s’inscrivent le Conseil de coopération de l’Ontario et la Société économique de l’Ontario, qui partagent le mandat de l’UOF visant le développement intellectuel, social et économique des communautés francophones.

Nos organisations sont les organisations phares du développement économique francophone et bilingue en Ontario. De par nos efforts concertés, nous nous assurons de faire de l’Ontario francophone un espace unique en son genre d’expérimentation socio-économique, de collaboration, de développement économique modernisé et de compétitivité.

L’Université de l’Ontario français vient selon nous solidifier la somme gagnante entre population éduquée, entreprises dynamiques et marchés accessibles. Sa vision unique, résolument ancrée dans le 21e siècle, représente pour nous une aubaine pour l’Ontario ouvert aux affaires. Nous exhortons le gouvernement de Doug Ford d’agir au plus vite pour que cette université, au coût très modeste (moins de 1 % du budget du ministère de la Formation et des Collèges et Universités), puisse continuer son travail en toute stabilité. Pour la population de l’Ontario, aujourd’hui et demain.

L’auteur, Julien Geremie, est le directeur général par intérim du Conseil de la coopération de l’Ontario.