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L’orthopédagogue professionnelle, un service en déclin?

À vous la parole
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Le Droit
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En Outaouais, nous sommes plusieurs orthopédagogues professionnelles à avoir choisi d’œuvrer dans les écoles publiques, pour entre autres soutenir l’apprentissage des élèves vulnérables qui ont besoin de nos interventions préventives, rééducatives et compensatoires, pour conseiller et collaborer avec le personnel scolaire, les parents et les intervenants externes, pour suggérer et assurer la mise en place de mesures inscrites au plan d’intervention des élèves HDAA. 

Depuis 16 mois déjà, notre convention collective est échue et les négociations n’avancent pas. Avec l’année scolaire que nous vivons, si au moins nous sentions que l’éducation était une priorité au Québec, ça nous encouragerait à continuer nos efforts, mais plus que jamais, ça ne semble pas le cas.

Nous y avons pourtant cru, en avril dernier, lorsque nos collègues enseignants et enseignantes ont conclu leur entente de principe avec une avancée importante au niveau salarial. Enfin! Enfin l’éducation devient une priorité et les professions du milieu scolaire sont maintenant reconnues à leur juste valeur, et par conséquent, les femmes aussi. Pourtant, notre joie fut de courte durée en entendant les propos du premier ministre le 2 mai dernier : “Les québécois ont atteint leur capacité de payer.” Quoi?  C’est à ne rien n’y comprendre. Dans le milieu de l’éducation, on forme pourtant une équipe. Les enseignant.e.s sont important.e.s, certes, mais tous les autres acteurs du milieu le sont tout autant. L’orthopédagogie est-elle une profession moins importante aux yeux du gouvernement ?  Pourquoi le même traitement n’est-il pas offert aux orthopédagogues professionnelles ? Un immense sentiment de démotivation et d’injustice se fait sentir. Avec un brevet d’enseignement en poche, il serait facile de changer de catégorie d’emploi ou même de quitter pour le privé. Des discussions avec des collègues orthopédagogues laissent croire que plusieurs réfléchissent très sérieusement à ces options. L’attraction-rétention était déjà un enjeu important en orthopédagogie. Avec cette disparité entre les salaires, est-ce qu’on annonce la fin de ce service dans nos écoles? Pourtant, des besoins immenses se font sentir dans nos milieux : le nombre d’élèves HDAA et ayant des plans d’intervention ne cesse de croître et nos interventions personnalisées permettent à tant d’élèves de sortir de la zone de vulnérabilité. En même temps, la fatigue se ressent en raison de la surcharge de travail et ça devient impossible de répondre aux besoins de tous. Le service est dilué et le sentiment d’efficacité en souffre. Pas surprenant que plusieurs d’entre nous songent à quitter, tant les jeunes orthopédagogues passionnées et compétentes que les plus expérimentées qui ont su développer leur expertise au fil des ans. Les braves qui resteront se retrouveront avec des tâches très lourdes et les services aux élèves se feront de plus en plus rares. Encore une fois, les parents devront débourser de leurs poches pour des services au privé. Qu’adviendra-t-il des familles qui n’en auront pas les moyens ? Est-ce d’un système à deux niveaux, différencié, que l’on veut pour nos enfants au Québec?

Parce que nous croyons fermement à la différence significative que l’on fait jour après jour au cœur même de l’école, que ce soit pour Louka* qui retrouve sa motivation scolaire depuis qu’il utilise ses outils d’aide technologiques, pour Jade* qui est fière d’être enfin capable de lire, pour Thomas* qui a toujours besoin d’être guidé dans le choix de ses stratégies, pour madame Nancy* qui questionne les moyens à mettre en place pour aider ses élèves et pour toutes les autres raisons qui prouvent l’importance de notre profession, nous demandons que celle-ci soit reconnue à sa juste valeur. 

(*les prénoms des élèves et enseignante ont été remplacés par des noms fictifs)

Monsieur Legault, si les besoins de tous nos élèves, peu importe leur milieu socio-économique, vous tiennent vraiment à cœur, si l’éducation est votre priorité comme vous l’avez si bien dit lors de votre campagne électorale, il est temps d’améliorer les conditions de travail de tous les acteurs du milieu de l’éducation, car même si vous tenez votre promesse d’ajouter des services professionnels dans les années à venir pour les élèves en difficulté, soyez assuré qu’aucune orthopédagogue qualifiée ne répondra présent.

Jacinthe Goudreau, Orthopédagogue professionnelle, Centre de services scolaire des Draveurs

Et 60 autres cosignataires, orthopédagogues professionnelles, des Centres de services scolaires des Draveurs, au Coeur-des-Vallées, des Hauts-Bois-de-l’Outaouais et des Portages-de-l’Outaouais

Marie-Pier Beaulieu, Josianne Bédard, Valérie Béland, Christine Bélanger, Sara Belcourt, Danielle Bénard, Caroline Bernier, Alexandra Boucher, Priscilla Charbonneau, Isabelle Charrette, Audrey Ann Mayer Chartrand, Isabelle Chouinard, Lyne Côté, Chantal Courtemanche, Andree-Ann Danis, Michelle David,  Véronique Delisle, Danielle Delorme, Annie Desautels, Mélodie Diotte-Chénier, Manon Dubreuil, Caroline Dufour, Micheline Dumoulin, Élyse Francoeur, Maxime Frappier, Cindy Glazer-Babin, Marie-Pier Gravel, Stéphanie Guay, Karine Hughes, Karin Klushecov, Annie Lafleur, Pascale Lafrenière, Jacinthe Lalonde, Caroline Lamanque, Isabelle Lavallée, Isabelle Lavoie, Joëlle LeBlanc, Chantal Lefebvre-Céré, Josianne Legault, Gabrielle Lemire, Virginie Léveillée, Suzanne Loyer, Maryssa Lukaszczyk, Nathalie Mathieu, Charlène Mongeon, Isabelle Phaneuf, Véronique Pilotte-Charron, Magguy Plantier, Myriam Rioux, Nancy Sanscartier, Mélanie Saumure, Martine St-Jacques, Sylvie Touchet, Camille Touzin, Myriam Tremblay, Nancy Trudel, Nicole Trudel, France Vaillancourt, Marie-Josée Villeneuve, Léah Watchorn