Doug Ford, premier ministre ontarien

L’Ontario, grand absent du sommet d’Erevan

OPINION / Alors que l’Ontario vient tout juste de devenir membre observateur de l’Organisation internationale de la Francophonie, le gouvernement de Doug Ford et la ministre déléguée aux Affaires francophones, Caroline Mulroney, envoient un très mauvais signal aux Franco-Ontariens et aux membres de la Francophonie en ne participant pas au sommet d’Erevan (Arménie), les 11 et 12 octobre prochains.

L’argument avancé pour se distancier de la Francophonie internationale est d’ordre économique. Faisant face à un déficit accru de 15 milliards $, les dépenses gouvernementales encourues pour faire le voyage jusqu’à Erevan seraient difficilement justifiables auprès de la population.

« Je ne pense pas que les Ontariens voudraient que j’aille en Arménie. Je vais plutôt me concentrer sur le territoire ontarien », a expliqué la ministre à Queen’s Park.

Cet argument pose problème à plusieurs égards, et ce n’est pas le moindre de ses défauts que de s’inscrire pleinement dans une logique néolibérale, qui justifie que l’on fasse le choix politique de sacrifier la Francophonie ontarienne sur l’autel de la rentabilité budgétaire.

Les explications de la ministre Mulroney pourraient de surcroît constituer un fort mauvais calcul sur le plan économique. En effet, l’envoi d’une délégation ontarienne à Erevan et le maintien des relations avec l’OIF et ses 84 États et gouvernements membres sont susceptibles (à court, mais surtout à long terme) de générer de multiples partenariats d’affaires et garantir une diversification économique salutaire pour la province dont plus de 80% des échanges dépendent des États-Unis. D’ici 2050, on estime que le nombre de locuteurs francophones dans le monde atteindra 700 millions, et l’Ontario serait irresponsable de rester en marge des réseaux diplomatiques, politiques et commerciaux que tissent en Europe, en Asie et en Afrique les États francophones.

Le rapprochement des dernières années avec la Francophonie internationale s’est déjà traduit par la signature d’accords concrets bénéfiques pour la province, qui a notamment pu montrer tout son savoir-faire dans le domaine de l’éducation. En 2014, par exemple, le collège La Cité d’Ottawa a implanté un programme de technique policière à Abidjan afin de contribuer à la formation de 10 000 policiers municipaux; le Collège Boréal (Sudbury) a de son côté développé au Mali des formations pratiques améliorant la gestion de l’exploitation agricole en territoire désertique. Des firmes ontariennes offrent aussi des services de consultation en matière de gouvernance à des conseils d’administration du Sénégal et du Burkina Faso.

Tous ces exemples démontrent la plus-value économique d’une adhésion à l’Organisation internationale de la Francophonie.

L’absence de l’Ontario en Arménie constitue en outre un nouveau camouflet politique infligé par les progressistes-conservateurs aux Franco-Ontariens. Les Ontariens d’expression française ont en effet déjà vu le ministère des Affaires francophones, créé sous les libéraux de Kathleen Wynne, être rétrogradé à un simple secrétariat. Rappelons que la création d’un tel ministère, une situation inédite hors Québec, plaçait l’Ontario à l’avant-garde de la Francophonie canadienne.

La ministre Mulroney se fait par ailleurs mouvante sur la question de l’immigration. Alors que l’atteinte d’un seuil de 5 % d’immigrants francophones par année est nécessaire pour freiner le déclin du poids démographique des Franco-Ontariens, le chroniqueur Patrick Duquette rapportait mercredi dans le quotidien Le Droit que si Caroline Mulroney affirme maintenir la cible de 5 %, un flou total persiste quant aux moyens d’y parvenir. On voit mal comment la ministre atteindra son objectif en se coupant de la Francophonie.

Arnaud Montreuil,

Doctorant en histoire,

Université d’Ottawa et de Paris 1 Panthéon-Sorbonne

Anne-Marie Pilote,

Doctorante en communication,

Université du Québec à Montréal