Selon le spécialiste des langues officielles, Ricky G. Richard, il est «utile de regarder d'abord en Ontario » pour « prendre le pouls de la francophonie canadienne ».

L’Ontario, baromètre de la francophonie

L’Ontario français est un baromètre de la francophonie canadienne. Qu’arrive-t-il si le vent tourne ou la pression monte?

Un baromètre mesure la pression atmosphérique. C’est un jauge de l’environnement ambiant. Les communautés en milieu minoritaire savent trop bien dans quelle mesure l’environnement influence leurs visées identitaires. Cette pression du milieu peut agir comme un frein au développement ou catalyser les actions affirmatives.

La francophonie canadienne bat au rythme de l’Ontario, notamment puisque la moitié des francophones y habitent. Les forces identitaires à l’œuvre en Ontario miroitent à bien des égards celles des autres communautés francophones. Autrement dit, si l’on veut prendre le pouls de la francophonie canadienne, il est utile de regarder d’abord en Ontario.

L’Ontario figure comme baromètre de la francophonie puisque les caractéristiques, dynamiques et défis qui s’y trouvent s’observent ailleurs.

Rien qu’en Ontario, on semble avoir toutes les configurations de densité de francophones : de petites communautés rurales majoritaires, des populations importantes à faible densité en milieu urbain, des communautés isolées mais dynamiques, etc.

Ceux qui ont sillonné le Canada francophone constateront que certaines régions se ressemblent : Sudbury et Moncton; Ottawa et Winnipeg; Kingston et Halifax; l’est ontarien et la péninsule acadienne; Hearst et Gravelbourg. Ainsi, les dynamiques démographiques et sociales dans ces communautés s’apparentent.

En éducation, bien des communautés francophones ont aussi subi les contre-coups d’interdictions telles que celles codifiées dans le Règlement 17, si délétères aux Franco-Ontariens. Depuis plusieurs années, l’Ontario français se mobilise autour du dossier de l’immigration. Les autres communautés, notamment en milieu urbain et dans l’Ouest, font de même. La diversité culturelle évidente de la francophonie ontarienne à Toronto est tout aussi présente à Vancouver, Régina ou Calgary.

Si l’Ontario s’avère bel et bien un baromètre de la francophonie canadienne, il y a probablement des leçons à tirer des dynamiques actuelles à l’œuvre. Par exemple, la rétrogradation du « ministère » des Affaires francophones en « office » ou la résistance de certaines autorités au mouvement Ottawa bilingue sont des signes inquiétants. La montée d’un populisme anti-francophone comme celui du People’s Alliance of New Brunswick confirmerait-elle un ressac ailleurs?

Le sort de la francophonie canadienne est liée à celle de l’Ontario d’autres façons. En effet, les organismes sectoriels nationaux à Ottawa recrutent largement leur personnel parmi les francophones de l’Ontario, qui y exercent un leadership. Cela leur confère une certaine responsabilité sociale de penser le développement identitaire au-delà de l’Ontario. En effet, même si l’Ontario est la communauté phare de la francophonie, le destin de celle-ci ne peut se réduire à cette seule province.

En Ontario comme ailleurs, les gains juridiques âprement acquis par les francophones demeurent très fragiles. Malgré les progrès identitaires notables, il y a bien des revendications politiques ou marques de reconnaissance qui semblent toujours hors de portée. La vigilance des francophones du Canada à l’égard des mouvances en Ontario français prennent ainsi toute leur importance.

L'auteur est Ricky G. Richard, politologue et spécialiste des langues officielles, Québec.