Gérard Bouchard, l'ancien co-président de la commission sur les accommodements raisonnable.

L’interculturalisme, réponse à la Commission Bouchard-Taylor?

OPINION / On peut faire remonter à 1971 l’origine de l’interculturalisme québécois. Pierre-Elliott Trudeau venait de faire adopter le multiculturalisme par le Parlement canadien; le premier ministre québécois Robert Bourassa annonça alors que ce modèle ne convenait pas au Québec, lequel allait élaborer son propre modèle. La réflexion qui s’ensuivit s’étendit sur quelques décennies au cours desquelles le modèle québécois prit forme progressivement.

Le résultat tient dans quelques propositions ou composantes étroitement intégrées, axées autour de l’idée de l’intégration dans le respect de la diversité. Je résumerais comme suit ces composantes.

D’abord, le respect des droits, incluant la lutte contre le racisme et toute forme de discrimination. Cette composante n’est pas spécifique à l’interculturalisme; elle est héritée des grandes leçons que l’Occident a tirées des horreurs commises durant la première moitié du 20e siècle.

De plus, il faut promouvoir le français comme langue publique, ou civique du Québec.

En outre, on ne peut écarter le rapport majorité-minorités. C’est l’un des traits principaux de la réalité ethnoculturelle du Québec. Ici, l’objectif est d’assurer que ce rapport soit orchestré d’une manière conforme aux impératifs du pluralisme. Il s’agit aussi de concilier les attentes des minorités et de la majorité.

Ainsi, il est impératif de faire la promotion des rapprochements, des échanges, des interactions entre les milieux ethnoculturels. C’est là un moyen de favoriser la connaissance des uns et des autres, d’instaurer une confiance mutuelle et de contrer les stéréotypes conduisant à l’exclusion et à la discrimination.

Enfin, la formation d’une culture commune nourrie des apports de toutes les composantes de la société, tout en préservant la spécificité de chacune. Ainsi conçu, l’interculturalisme trouve sa cohérence dans le fait que chacun de ses éléments constitutifs contribue à l’intégration. Cette insistance sur l’intégration se justifie par la nécessité d’assurer à tous les citoyens les mêmes moyens de participer à la vie civique. Elle s’accorde aussi étroitement avec la réalité du Québec comme minorité culturelle en Amérique. Comme toute minorité, le Québec doit craindre et prévenir les divisions et clivages ethnoculturels.

À la lumière de ces éléments, ce modèle apparaît distinct du multiculturalisme. La promotion du français est une première différence évidente. Une autre vient de ce que le multiculturalisme ne reconnaît pas l’existence d’un rapport majorité-minorités. Il existerait donc des minorités (les groupes ethniques) mais pas de majorité. Enfin, ce modèle est plutôt réfractaire à l’idée d’une culture commune ou nationale; les interactions n’y sont donc pas une priorité.

L'auteur est Gérard Bouchard, professeur émérite à l'Université du Québec à Chicoutimi.

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Dans le cadre des Grandes conférences de l’Outaouais, la Société Gatineau Monde reçoit Gérard Bouchard le 28 novembre, à la salle Jean-Despréz de la Maison du citoyen, à 19 h 30.