« La démographie pose certainement des défis, mais ne détermine pas à elle seule la destinée de la francophonie canadienne », souligne l'auteur Ricky Richard.

L’insuffisante démographie

La démographie n’est pas l’unique déterminant de la francophonie canadienne. La vitalité d’une communauté ne saurait se réduire au décompte des anglophones qui l’entourent ou des francophones qui l’auraient délaissée.

La majorité des descriptions des données linguistiques du Recensement de 2016 ont conclu à la prédominance de l’anglais ou à la perdition des communautés en milieu minoritaire. Bien que la plupart des communautés se maintiennent ou progressent en chiffres absolus, plusieurs analyses alarmistes mettent en lumière la baisse du poids relatif et l’assimilation.

Cette chorale du déclin inéluctable de la francophonie en milieu minoritaire est trop réductrice. On extrapole de certains indices une destinée funeste en omettant une série de facteurs de vitalité tout aussi importants.

Sans nier le caractère scientifique ni même les tendances lourdes, il faut rappeler que la démographie, en elle-même, ne peut décrire la complexité identitaire de la francophonie. Dans le manuel de la vitalité, la démographie n’est qu’un chapitre.

La vitalité collective de la francophonie résulte notamment des projets de développement que se donnent les communautés. Ceux-ci sont complexes et se prêtent moins à des études mesurables. Ils ont tout de même une grande influence à l’égard de la fierté linguistique, l’adhésion individuelle et la persistance de la francophonie canadienne.

Regard réducteur

Les commentateurs qui s’acharnent sur les taux d’assimilation regardent dans la mauvaise direction. 

Demandons plutôt : que font ceux qui restent ? Quels projets d’épanouissement développent-ils ? Ainsi, on peut mieux apprécier la persévérance des communautés par les actions qu’elles posent en dépit du contexte. 

Quand les communautés se prennent en main et se mobilisent, le nombre d’anglophones à proximité importe moins.

La vitalité est notamment le résultat de facteurs endémiques : l’école, les leviers économiques, les médias de langue française, la production artistique et culturelle. Il y a aussi des institutions comme les collèges et universités, sans oublier des associations communautaires dans une panoplie de secteurs. 

Certaines recherches décrivent cette complétude institutionnelle. Bref, il y a d’autres signes de la vitalité dont il faut aussi tenir compte.

Les descriptions pessimistes et les apologistes de l’assimilation participent, peut-être sans le vouloir, à une culture du blâme. 

Celle-ci fait porter l’odieux non pas sur celui qui s’assimile, mais éclabousse surtout ceux qui croient toujours en leur identité francophone. 

La pire décroissance provinciale en 2016 est de 3,2 %. Pourquoi ne pas dire qu’on y décompte toujours 96,8 % des francophones comparativement au nombre recensé en 2011 ?

En chiffrant les communautés francophones par la négative, certaines analyses dénaturent leur dynamisme. 

Ils adoptent une vision réductrice ou favorisent des critères qui amenuisent la mobilisation qui s’affirme ailleurs.

Les indicateurs démolinguistiques ne disent rien des actions politiques que posent les communautés et des gains qu’ils réussissent à faire auprès des gouvernements, tels les droits ou politiques de services en français.

Certains commentateurs oublient que les francophones tissent des liens productifs avec la majorité, notamment les francophiles qui participent aux activités communautaires et font aussi rayonner le français.

La démographie saisit mal l’incidence identitaire des flux migratoires, notamment l’apport de Québécois et d’immigrants. Par leurs idées et convictions, ceux-ci contribuent au renouvellement incessant de la francophonie canadienne en milieu minoritaire.

La trajectoire historique des francophones démontre leur présence soutenue. 

La plupart des communautés se maintiennent même si le monde change autour d’eux. Les francophones en milieu minoritaire s’adaptent, persistent et signent.

La démographie pose certainement des défis, mais ne détermine pas à elle seule la destinée de la francophonie canadienne.

L'auteur est Ricky Richard, collaboration spéciale.