L’information locale souffrira si les médias régionaux disparaissent

OPINIONS / Comme plusieurs, j’ai été touché par l’annonce des difficultés financières du Groupe Capitales Médias, que je qualifierais d’alarmante. D’abord pour les employés et leurs familles, bien sûr, mais également pour la couverture médiatique de notre région.

En tant que directeur de la station CHIP 101,9, une radio communautaire de proximité desservant 18 municipalités dans la MRC de Pontiac ainsi que la municipalité de Pontiac, je m’inquiète de voir un appauvrissement de la qualité de la couverture journalistique dans cette région située à plus d’une centaine de kilomètre de Gatineau, advenant la disparition du journal Le Droit.

Car il existe à l’heure actuelle une grande complémentarité entre Le Droit et notre station de radio communautaire et ce, même en l’absence d’entente de collaboration ou de partenariat entre nos deux organisations.

L’écosystème médiatique vigoureux de l’Outaouais fait en sorte que le public de la région a pu bénéficier de cette complémentarité à plusieurs reprises, entre autres lors des plus récentes élections provinciale. La candidate locale d’un parti politique avait alors refusé d’accorder une entrevue à la radio et nous pouvions difficilement, objectivité oblige, décrier nous-mêmes cette situation. C’est finalement un article d’une journaliste du Droit qui avait permis d’informer le public du silence de la candidate et qui avait permis de faire bouger les choses. À un tel point que la semaine dernière, ce même parti politique m’a assuré que leur prochain candidat allait être davantage disponible pour des entrevues à la radio.

Autres exemples probants : les bris de services au CISSSO, le dossier des nombreuses pannes de courant à L’Isle-aux-Allumettes ou encore les événements qui ont entouré les inondations du printemps dernier. Dans chacun de ces dossiers, nos deux services d’information se sont complétés, en assurant une couverture à différents niveaux et une variété de points de vue sur des enjeux et des événements locaux. La situation géographique de la radio, son ADN qui est d’être présente partout sur le territoire du Pontiac, font en sorte que notre équipe peut rarement se permettre d’être présents lors de conférences d’intérêt régional. Heureusement pour nous, le Droit assure une couverture régionale, ce qui nous permet de décanter certaines questions qui ont été soulevées, en tenant compte des intérêts particuliers du Pontiac, de sa « saveur locale ».

Ce fut le cas récemment lorsqu’il fut question du pacte fiscal avec les municipalités ou encore des visites de certains ministres. Cette complémentarité est d’autant plus évidente que plusieurs de nos auditeurs sont également des lecteurs assidus du Droit.

Tous les médias sont affectés par la réalité économique actuelle et il faut certainement repenser le modèle d’affaires afin d’assurer le maintien de la couverture médiatique dans la région. Je ne parle ici qu’en mon nom, mais je sais que dans plusieurs régions du Québec, la qualité de l’information locale et régionale dépend beaucoup de cette complémentarité entre une radio communautaire (ou média de proximité) et un média régional. À la veille de la commission parlementaire sur l’avenir des médias à Québec, il ne faudrait surtout pas perdre de vue que la qualité de l’information qui est offerte au public a un impact direct sur sa capacité à se mobiliser et à agir.

François Carrier

Directeur général

CHIP 101,9

Vice-président

Association des radios communautaires du Québec