Liberté de presse: la défendre à tout prix

POINT DE VUE / Le Secrétaire général de l’ONU, António Guterres, rappelait récemment que l’accès à une information transparente et fiable est une condition essentielle à la démocratie. Elle permet, rappelle-t-il, «de mettre les dirigeants devant leurs responsabilités et d’exprimer la vérité face aux puissants.»

Nous célébrons aujourd’hui la Journée mondiale de la liberté de la presse avec un mélange de fierté et de crainte face à ce que nous réserve l’avenir. En effet, il n’y a pas de rempart plus important contre la démagogie et l’abus de pouvoir qu’une collecte et une divulgation d’informations d’intérêt public menée par des professionnels rigoureux et indépendants. Il y a donc de quoi être rassurés de vivre au sein d’une société où les journalistes peuvent mettre en doute le pouvoir en place et rapporter des faits à la population en toute liberté.

Cependant, les sources d’inquiétude quant à la solidité de cette liberté de presse se sont multipliées au cours des dernières années alors que la place des médias est de plus en plus remise en question ici et ailleurs dans le monde. L’un des reproches les plus souvent formulés est l’impartialité des organes de presse. Aucun média n’est à l’abri de telles suspicions, car pour la plupart d’entre eux, les faits rapportés par les journalistes avec un nécessaire souci d’objectivité côtoient la subjectivité de l’opinion exprimée par d’autres dans des chroniques ou des éditoriaux. Une cohabitation qui enrichit les débats, mais qui peut créer une certaine confusion dans la population.

En tant que chiens de garde de la démocratie, il est sain que nous nous penchions collectivement sur le fonctionnement des médias et leurs limites. Les médias sont des institutions imparfaites qui doivent d’ailleurs fonctionner avec des ressources et un temps de réaction de plus en plus restreints. Ici, un angle de traitement aurait-il pu être élargi? Là, un sujet mérite-t-il d’être approfondi? Certaines causes mériteraient-elles un meilleur écho? A-t-on cédé au sensationnalisme et à la dictature du clic? Ces questions sont légitimes, nécessaires et demeureront toujours pertinentes.

Jeter le bébé avec l’eau du bain

Le bilan des critiques et des imperfections ne doit pas nous faire oublier le rôle essentiel que les médias jouent dans notre société. Ce n’est pas un hasard si tant de régimes corrompus ou totalitaires tentent d’attaquer le travail des journalistes. L’an dernier seulement, 80 journalistes ont été assassinés pour avoir exposé des faits qui dérangent les différents cercles de pouvoir.

La menace n’est pas de cet ordre au Canada, bien qu’on observe une montée des actes de haine à l’endroit des journalistes, chroniqueurs ou éditorialistes. Ici, comme ailleurs, plusieurs dirigeants blâment le travail des journalistes quand leurs torts sont démasqués, ou attaquent la crédibilité des médias parce que ce discours attise une part de l’électorat. Cependant, le risque le plus important à l’heure actuelle est lié à la capacité de nos médias de survivre dans un environnement économique qui les défavorise en raison de la perte des revenus publicitaires au profit des géants du web et de l’inaction de nos gouvernements à leur imposer les mêmes responsabilités et contraintes qui encadrent nos médias canadiens.

En cette Journée mondiale de la liberté de la presse, tant la population que nos gouvernements doivent saisir la nécessité de maintenir un écosystème journalistique riche et diversifié afin de maintenir bien vivante cette liberté fondamentale à l’existence de toutes les autres. Sans liberté de presse, il devient difficile de dénoncer les injustices et les abus, et de faire progresser nos droits. Plus que jamais, célébrons toutes les histoires rapportées par nos journalistes qui ont participé à faire de notre pays un des endroits au monde où il fait bon de vivre. Appuyons nos médias et continuons de défendre la liberté de presse! C’est notre démocratie qui en sortira gagnante.