Viateur Bergeron

L’histoire d’un homme audacieux : Viateur Bergeron

Après avoir combattu jusqu’à son dernier souffle, Viateur Bergeron, bien connu en Outaouais pour ses nombreux engagements professionnels et sociaux, s’est éteint à l’hôpital de Hull, le 4 janvier dernier, dans le calme et en présence de ses amours, soit son épouse Claudette et ses deux filles, Nathalie et Rachel. Il avait 86 ans.

Né à Ville-Marie, au Témiscamingue, le 23 août 1932, dans la maison de son grand-père paternel, Viateur Bergeron démontre très jeune un esprit d’aventure, un désir de vivre pleinement, une audace et un sens peu commun de l’initiative. Épris de connaissance, Viateur Bergeron troque la vie agricole, encouragé par le clergé de l’époque, pour la vie collégiale. Souvent premier de classe, Viateur se débrouille à merveille pour financer ses études universitaires en droit civil.

En janvier 1958, Viateur fait la rencontre de sa future épouse, Claudette Roy, professeure au primaire. Ils se fiancent en novembre et se marient le 27 décembre de la même année. Au moment de son décès, Viateur Bergeron venait de célébrer 60 ans de mariage avec son épouse.

Deux filles émergent de cette union, soit Rachel (1961) et Nathalie (1965). Viateur Bergeron était pour elles un père aimant et dévoué. Après avoir embrassé son épouse bien-aimée, il leur faisait des bisous et des câlins lorsqu’il rentrait du travail. C’était un homme affectueux, tendre et attentionné. Malgré ses nombreuses occupations, Viateur trouvait toujours le temps et l’énergie d’être un bon époux et un bon papa.

Docteur en droit, Viateur Bergeron publie sa thèse de doctorat sous la forme d’un livre intitulé «L’attribution d’une protection légale aux malades mentaux». Depuis la parution de ce livre, publié en 1981 par les Éditions Yvon Blais, le sujet de la protection légale attribué aux malades mentaux n’a cessé d’évoluer.

Avocat de 1961 jusqu’à sa retraite en 2013, Viateur Bergeron défend, d’abord et avant tout, la veuve et l’orphelin. Il était d’ailleurs reconnu pour défendre les causes désespérées, celles que personne d’autre ne voulait prendre. Pour ce faire, Viateur Bergeron a plaidé devant toutes les cours du Québec, ainsi que devant la Cour suprême du Canada, entre autres pour y défendre la communauté urbaine de la ville de Québec contre les Services de santé du Québec.

Il a été élu bâtonnier de Hull et bâtonnier du Québec (1977-1978), en plus de recevoir, en 2008, de la part du Barreau du Québec, le titre d’avocat émérite, titre dont il était très fier, il va sans dire.

Viateur Bergeron figure parmi les rares avocats qui œuvrent à titre de professeur de droit et en pratique privée. À la surprise de plusieurs, rien de ce qui est légal, juste et honnête ne pouvait être interdit. De 1960 à 1996, année de sa retraite, Viateur Bergeron est donc professeur de carrière à la Faculté de droit, Section de droit civil, de l’Université d’Ottawa. De ces 36 années d’enseignement, 25 le seront à titre de professeur titulaire.

Véritable professeur dans l’âme, Viateur Bergeron forme avec enthousiasme de nouveaux avocats, supervise des aspirants au doctorat et préside à la Formation professionnelle du Barreau (1981-1987).

De plus, tenant à rendre la justice accessible à tous, Viateur Bergeron publie, dans le journal Le Droit, environ 200 chroniques sous le titre « Le citoyen et la Loi ».

Viateur Bergeron qui a œuvré à l’érection de la Faculté de droit actuelle, à l’Université d’Ottawa, a également agit pendant 1 an à titre de doyen par intérim de la Section de droit civil de cette même Faculté. Mais tout cela ne suffit pas à Viateur Bergeron qui possède une santé robuste, une formidable intelligence et un cœur généreux et vaillant. Viateur agira donc également à titre d’arbitre en droit du travail. De 1973 à 2013, il règle une centaine de griefs contestés et autant de litiges à l’amiable. Il restaure ainsi la vie de nombreux travailleurs, en situation de conflit avec leur employeur.

Il se présente deux fois à la course à la mairie de la Ville de Hull. D’abord en 1991, où il s’incline devant Marcel Beaudry. Lorsque ce dernier quitte la mairie pour présider la Commission de la capitale nationale, Viateur Bergeron tente sa chance une fois de plus. Là, il s’incline devant Yves Ducharme et Manon Guitard, qui étaient tous deux connus comme conseillers municipaux.

Toujours prêt à accepter des propositions dont personne ne veut, Viateur effectue, en 1993, une mission au Rwanda, pour le compte de la Banque mondiale, dans le but d’aider ce pays à établir un Tribunal de commerce. Quatre ans plus tard, en juin 1997, Viateur se rend au Vietnam, pour le compte cette fois du Centre parlementaire d’Ottawa afin d’y évaluer le quatrième projet de code de procédure civile de ce pays.

Un homme tel que Viateur Bergeron remporte évidemment de nombreux honneurs dont le Mérite du Barreau du Québec et le Mérite du Barreau de Hull. Très tôt, dès l’apparition des premiers ordinateurs domestiques, Viateur Bergeron s’est intéressé de près à l’informatique. C’est ainsi, qu’en collaboration avec David Burke, un autre visionnaire, il effectue des recherches dans le domaine du lexique juridique bilingue via les ordinateurs. Le projet, intitulé Jurivoc, fera l’objet d’une publication en 1976 et d’une réédition en 1977.

Ayant fait construire des immeubles locatifs non loin de sa résidence personnelle, Viateur Bergeron possède également un sens aiguisé des affaires. C’est ainsi qu’il s’intéresse à la Chambre de commerce et d’industrie de l’Outaouais pour en devenir le président pendant deux mandats. Avec ce chapeau, il réussit sa bataille pour abolir les interurbains entre les villes de Buckingham et d’Aylmer, entre autres ; il met sur pied le Concours d’éloquence et le Gala de la Publicité et sera rédacteur, initiateur et responsable de la Lettre mensuelle de la Chambre.

Toujours de bon conseil, Viateur Bergeron était, d’abord et avant tout, un homme de cœur, un homme de foi. Également politisé, Viateur Bergeron possédait d’inébranlables convictions fédéralistes. C’est donc avec ferveur qu’il a participé aux efforts de Dialogue Canada et qu’il a assumé la responsabilité de la publication sur Internet du Livre ouvert des citoyens pour le Canada.

Homme très entreprenant donc, Viateur Bergeron nous laisse sans voix et béat d’admiration devant tant d’initiatives, d’énergie et de volonté à rendre notre monde meilleur. Laissons nos derniers mots à son admirateur et ami, Michel Maher.

« Viateur a été pour moi un grand ami, un modèle et un confident rassurant. Il était un homme de cœur et d’une intégrité exceptionnelle. Il a toujours gardé un côté humble et discret malgré son talent et ses immenses réalisations et devant l’adversité, il savait garder une dignité et une sérénité qui imposent le respect. Toutefois, il n’a jamais accepté l’injustice contre laquelle il combattait avec énergie et passion. Sa force intellectuelle, il l’a toujours mise au service des causes les plus honorables et justes. Il est de ceux qui rares parmi les grands, savent rester humains et droits. »

L'auteure du texte est Rachel Bergeron de Gatineau.