«Je t'aime, maman.»

Lettre d'un fils à sa maman

Je veux commencer en disant : « Je t'aime. » Après mon épouse Marie-Marthe et mes deux fils, Yanic et Daniel, tu es celle que j'aime le plus au monde.
Depuis 18 ans que je ne vis plus avec toi, cela ne t'enlève pas ton importance. Mais après la mort de Papa, lorsque j'allais te voir, je devenais agressif, je te parlais fort et même, je te disais des bêtises. À un moment donné, je n'ai plus été capable de le prendre. Ma mère que j'aime, je suis rendu à lui dire des mots que je ne veux pas dire. Après cinq minutes à tes côtés, l'agressivité s'emparait de moi. Je n'avais pas envie de te changer, ma belle maman, mais je n'étais plus capable de ce que tu me disais à chaque fois que j'allais te voir. Pour entendre autre chose, comme une mélodie d'amour, comme ce que tu devais me faire entendre lorsque j'étais encore dans ton ventre, ou lorsque tu me berçais, enfant. Ces reproches sur la responsabilité, sur les problèmes que mes frères et soeurs vivent dans leur ménage ou dans leur vie. Je ne veux plus me sentir responsable, ou d'avoir à leur faire comprendre que leurs manières d'agir angoisse leur mère, que ça la rend malheureuse ou insécure d'entendre telle ou telle gaffe. Maman, tu n'es pas responsable des gaffres de tes enfants. Laisse-les vivre leur vie comme ils l'entendent, avec les bonnes choses et leurs erreurs. C'est avec les erreurs qu'on apprend.
Un  jour, tu as dit à ma femme : « Si tu voulais, tu pourrais le contrôler, Robert, pour qu'il boive moins. » C'est justement ce qu'il ne faut pas qu'elle fasse, essayer de me contrôler comme une machine. Marie-Marthe sait mieux que cela, elle me laisse vivre ma vie sans mettre de conditions, sans essayer de me diriger. Si je me « pète la gueule », je serai responsable et elle n'aura pas à regretter d'avoir essayer de me dicter quoi faire, où aller. Même chose pour toi : je n'ai pas à te dire quoi faire. Tu as 60 ans, 20 ans d'expérience de plus que moi, je n'ai pas à te dire quoi faire ni comment. Mais si ça m'agace d'aller voir ma mère, je peux y aller moins souvent. Pas pour te punir mais pour être en paix avec moi-même.
Essaye aussi de vivre ta vie à toi, laisse tes enfants vivre leurs vies. Ça ne t'empêche pas de voir tes petits-enfants aussi souvent que ça te tente, mais lorsque tu le fais, que ce soit pour te faire plaisir.
Tu vois, je suis encore en train de te faire la morale. C'est parce que je t'aime, je veux ton bien, que tu sois heureuse, pas que tu me dises combien tu es ravagée par la fatigue. Moi, le grand Chevalier des causes désespérées, je m'en vais alors au champ de bataille : défendre celle que j'aime, ma mère, contre ce qui l'angoisse. Un jour, tu as dit que lorsque les personnes vieillissent, elles ne sont plus bonnes qu'à mourir. Ça m'a blessé assez creux !
Je te demande une chose : enlève mon nom comme exécuteur testamentaire, et puis je ne veux pas de ton argent. Je peux m'en passer. Je n'ai pas besoin de ce surplus, je le boirais probablement, ou le dépenserais en niaiseries. Laisse-le aux enfants. Je ne suis pas attaché à toi pour le peu que tu as, je t'aime juste avec mon coeur, sans condition. 
Je te le répète : si je te vois moins souvent, c'est que je m'aime assez pour ne pas me faire souffrir, ni te faire souffrir toi aussi.
Et quand tu liras ceci, que le Seigneur t'éclaire pour bien comprendre ce que je pense, pas que tu t'en fasses une idée qui n'a aucun rapport avec ce que j'ai écrit.
Ton fils qui t'aime,
Robert Saint-Germain, Plaisance