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Lettre d’appui à l’UOF

À vous la parole
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Le Droit
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OPINION / Le Théâtre français de Toronto (TfT) tient à réaffirmer son appui inconditionnel à l’Université de l’Ontario français (UOF).

Il est désolant de constater que des individus ou des organismes ayant si peu de connaissances quant à la portée réelle d’un projet de société, et encore moins des particularités qui confèrent au fait français à Toronto sa spécificité, se permettent des commentaires aussi critiques, allant jusqu’à la remise en cause de l’existence de l’UOF. Certains semblent refuser les grands changements qui ont marqué l’Ontario français depuis les premiers élans du mouvement visant la création d’une université franco-ontarienne.

La convergence accrue de francophones venus des quatre coins du Canada et de la planète vers Toronto a donné une visibilité sans précédent à notre collectivité. Certes, elle correspond peu à la conception traditionnelle de l’Ontario français. Il n’en demeure pas moins que son cosmopolitisme et une ouverture au monde ont servi d’assises à la création d’une université « pas comme les autres ». Nous saluons ce courage, car, si un milieu minoritaire n’arrive pas à innover, il se condamne à la sclérose ou à la médiocrité.

C’est par ailleurs exactement ce type d’audace qui a permis l’articulation d’un théâtre franco-ontarien bien à nous à partir des années 1970 et dont l’originalité et la qualité sont aujourd’hui la fierté de tous.

L’UOF a récemment présenté les premiers finissants de son programme de formation pédagogique postsecondaire, offert en collaboration avec l’Université Laval. L’annonce de nouveaux programmes en commerce et en éducation se profile à l’horizon.

Fait moins connu, son modèle de fonctionnement a aussi permis l’articulation d’un projet structurant pour le milieu culturel. Un partenariat novateur entre l’Association des théâtres francophones du Canada et l’UOF permet l’actuelle mise au monde d’un programme de formation continue en gestion culturelle, le premier en son genre au Canada toutes langues confondues. Il s’agit d’un projet revendiqué par le secteur culturel franco-canadien depuis 20 ans. Or, malgré un travail de représentation considérable par deux générations de leaders de notre secteur, aucun établissement postsecondaire ne s’y est intéressé avant l’UOF.

Il s’agit d’un exemple parmi tant d’autres qui prouve que son regard est résolument tourné vers les besoins des Franco-Ontariens et des Franco-Canadiens qui habitent et investissent nos collectivités. Manifestement, le fait que l’UOF soit obligée de restreindre son offre de programmes dans un premier temps – et, disons-le, à cause des pressions politiques des universités bilingues existantes – n’a pas empêché ses animateurs de préparer le terrain pour élargir ses champs d’action dès que possible.

Enfin, il est important de souligner que l’UOF est bien plus qu’un lieu de formation et de réflexion : elle représente la pierre angulaire d’un projet fédérateur ayant pour objectif de rassembler dans un même lieu une partie importante des organismes de la francophonie torontoise.

Le consortium nommé provisoirement Le Carrefour, dont font partie l’UOF et le TfT, travaille depuis trois ans à la création d’une infrastructure physique conçue pour répondre aux besoins de ses membres et pour affirmer une présence francophone visible au centre-ville de la métropole canadienne. Tandis qu’Ottawa et

Sudbury ont chacun profité deux fois des appuis publics nécessaires à la construction de centres artistiques conçus spécifiquement pour répondre aux besoins des créateurs, les structures franco-ontariennes vouées aux arts de la scène basées à Toronto sont toujours sans salle. Le Carrefour représente une piste prometteuse pour corriger une situation inéquitable.

Tant à l’UOF qu’au TfT, des artistes, des gestionnaires et des bénévoles tentent de rattraper le retard qui guette la francophonie torontoise vis-à-vis des autres régions de la province. Nous prenons pour exemple le grand succès des conseils scolaires Viamonde et MonAvenir, lesquels continuent à gérer des croissances sans précédent : ils sont la preuve qu’il est possible de bâtir des établissements francophones à Toronto « par » et « pour » les Franco-Ontariens de toutes origines.

L’UOF, le Carrefour et la construction d’un centre de création pour les arts de la scène dans la Ville Reine représentent la prochaine étape dans ce travail ô combien essentiel à l’Ontario français dans son ensemble !

Chose certaine, il n’est plus acceptable d’utiliser les particularités de la communauté franco-ontarienne de Toronto, soit sa pluralité démographique ou encore la forte présence de Néo-Canadiens, comme argumentaire pour remettre en cause les investissements de la province et du gouvernement fédéral dans ces projets structurants.

Enfin, en tant qu’artistes, nous le savons possiblement mieux que quiconque, quand une œuvre de création suscite de vives réactions, cela signifie que la proposition est importante et remet en cause les idées reçues des forces plus conservatrices d’une société. Comme phénomène, c’est généralement garant de son succès.


Les auteurs de la lettre sont :

Alexandra Vandelle,
Présidente, conseil d’administration

Ghislain Caron,
Directeur administratif et co-directeur général

Joël Beddows,
Directeur artistique et co-directeur général (jusqu’au 30 juin 2021)

Karine Ricard,
Directrice artistique (à partir du 1er juillet 2021