Mélanie Joly, ministre du Patrimoine canadien

L’essentielle publicité fédérale pour les médias communautaires

À Mélanie Joly, 

ministre du Patrimoine canadien

et Carla Qualtrough, 

ministre des Services publics et de l’Approvisionnement

Les médias communautaires jouent un rôle essentiel au développement et à l’épanouissement des populations de langues officielles. Ils sont à la fois le reflet de leur langue, leur culture et leur communauté. Cette réalité, décrite l’été dernier dans le rapport du Comité permanent du patrimoine canadien, trouve également écho dans les conclusions du rapport d’enquête du Commissaire aux langues officielles de juin 2017.

À l’automne 2015, de nombreux organismes s’y sont plaints du désengagement du fédéral envers les médias communautaires minoritaires et plus spécifiquement, de la diminution drastique de ses investissements publicitaires.

Le rapport du Commissaire confirme qu’entre 2006 à 2015 ses dépenses publicitaires sont passées de près de 2 millions $ à 430 000 $ pour les journaux communautaires, et de 730 000 $ à 200 000 $ pour les radios communautaires. Par an. 

Face à un tel constat, le Commissaire a recommandé à Services publics et Approvisionnement Canada de réviser ses mécanismes afin que les exigences de la partie VII de la Loi sur les langues officielles, qui vise à appuyer le développement et l’épanouissement des communautés minoritaires, soient mieux comprises et respectées des institutions fédérales.

Malgré le virage numérique imminent, « les exigences de la Loi demeurent, et les institutions fédérales doivent continuer de veiller au respect de ses dispositions, notamment (...) celles portant sur la prise de mesures positives et l’obligation de ne pas nuire au développement des communautés linguistiques en situation minoritaire », soulignait ce rapport.

Qui plus est, en décembre 2017, le Comité permanent des opérations gouvernementales et des prévisions budgétaires a décelé plusieurs anomalies sur la façon dont Services publics et Approvisionnement Canada a géré le dossier des publicités d’Ottawa. Le comité a émis 10 recommandations des plus probantes.

Plusieurs mois sont passés depuis et aucune action n’a été adoptée ou même envisagée par certaines parties mises en cause.

Pourtant, l’urgence est bien réelle et le statu quo n’est pas une alternative : les médias communautaires en situation minoritaire ne pourront bientôt plus desservir leurs publics. En 2016, les fonctionnaires de Patrimoine canadien et certains élus fédéraux ont pu constater de visu les besoins, les attentes et réalités de ces médias uniques qui sont souvent la seule source d’information locale.

Le rapport de la Commissaire aux langues officielles l’affirme clairement : « Les plans et les campagnes de publicité doivent tenir compte des besoins, des préoccupations et des préférences linguistiques de ces communautés. Les achats d’espace ou de temps doivent inclure l’achat d’espace et de temps dans les organes d’information qui desservent la minorité francophone ou anglophone d’une collectivité. »

Le Comité permanent des opérations gouvernementales et des prévisions budgétaires renchérit avec sa deuxième recommandation : « Que le gouvernement du Canada augmente la publicité dans les journaux hebdomadaires, multiculturels et communautaires et dans d’autres médias locaux de manière à ce qu’il respecte la directive selon laquelle les communications doivent être adaptées aux besoins variés du public en matière d’information. »

Les médias communautaires acceptent la tendance vers la présence numérique. Mais les réalités des communautés minoritaires ne peuvent être comparées aux autres. À court et moyen terme, les médias communautaires ne pourront générer assez de revenus du numérique pour continuer à informer leurs communautés.

En décembre, l’Association de la presse francophone, l’Alliance des radios communautaires du Canada et le Quebec Community Newspapers Association ont fait une demande au Commissariat aux langues officielles afin de tenir une rencontre avec tous les intervenants gouvernementaux clés dans le but de développer et mettre en oeuvre un plan d’action de toute urgence.

Nous osons espérer que vous appuierez cette initiative afin que les médias communautaires en situation minoritaire puissent dorénavant mettre leurs énergies à desservir les populations de langues officielles du Canada et non à revendiquer ce qui leur revient.

Francis Sonier, président, Association de la presse francophone

Paul Demers, président, Alliance des radios communautaires

Steve Bonspiel, président, Quebec Community Newspapers Assoc