Au Canada, les travailleuses domestiques sont en grande majorité des personnes racisées provenant de l’immigration.

Les travailleuses domestiques ont aussi des droits

En 2011, à la suite d’une mobilisation historique des groupes syndicaux et de défense des droits des travailleuses domestiques dans plusieurs pays du monde, les pays membres de l’Organisation internationale du Travail ont voté en majorité en faveur de la Convention n° 189 sur les travailleuses et travailleurs domestiques. Presque 7 ans plus tard, le Canada ne l’a toujours pas ratifiée.

Il est grand temps pour le gouvernement canadien de remédier à cette situation afin de reconnaître le statut de travailleuses des travailleuses domestiques et de faire valoir leurs droits, en toute égalité. À cette fin, il est essentiel de bâtir un vaste appui populaire. C’est pourquoi le Centre international de solidarité ouvrière, l’Association québécoise des organismes de coopération internationale et son Comité québécois femmes et développement et plusieurs partenaires, lancent aujourd’hui une pétition demandant que le Canada montre concrètement son engagement féministe en ratifiant cette convention.

Au Canada, depuis le milieu des années 1950, les travailleuses domestiques, en grande majorité des personnes racisées provenant de l’immigration, ont marqué le développement économique du pays, sans jamais bénéficier de la reconnaissance qui leur était due, leur travail demeurant le plus souvent invisible et peu valorisé socialement. Les politiques à leur égard ont généralement visé à exploiter leur force de travail et non à défendre leurs droits humains. 

Aujourd’hui, on dénombre environ 25 000 de ces travailleuses au Québec et 150 000 au Canada. Ces femmes sont vulnérables à l’exploitation, à la discrimination raciale, au harcèlement sexuel et psychologique, aux violences, aux viols, bref, à l’esclavage moderne.

Ailleurs dans le monde, l’Organisation internationale du travail estime qu’il y a entre 67 et 100 millions de travailleuses domestiques, dont 15,5 millions d’enfants et une très grande majorité de filles et de femmes. Elles doivent dans plusieurs cas faire face au racisme, à la discrimination, à l’esclavage, aux violences physiques et sexuelles et à de graves atteintes à leur droit de se déplacer librement.

Actuellement, seulement 25 États ont ratifié la Convention. En rejoignant ces États, le Canada peut assumer un rôle de leadership en faveur de la défense des droits des travailleuses domestiques et plus largement, des travailleuses migrantes. De plus, cette ratification inciterait d’autres États à ratifier la Convention C-189 et à adopter des normes contraignantes en faveur des droits et de la sécurité de ces travailleuses.

Entre le 5 mars et le 16 juin, notre campagne s’inscrit dans un mouvement mondial croissant pour la défense des droits des travailleuses domestiques, porté par le mouvement syndical, les groupes de défense des droits de ces travailleuses et des migrant(e)s. En solidarité, nous ferons au cours des semaines et mois qui viennent un vaste effort concerté d’éducation, de plaidoyer et de mobilisation pour contrer la discrimination et faire face à l’exploitation et la non-reconnaissance du travail essentiel de ces femmes, qui mine le respect de leurs droits au Canada et à travers le monde.

Les auteurs du texte sont Jean Murdock, Président du Centre international de solidarité ouvrière, Michèle Asselin, Directrice de l'Association québécoise des organismes de coopération internationale et Anne Delorme du Comité québécois femmes et développement (CQFD-AQOCI).