La mise en place de ratios patients-infirmières fait l'unanimité dans les milieux de soins au Québec

Les ratios patients-infirmières ne sont pas la panacée

OPINION / On assiste depuis quelques jours à un élan d’enthousiasme face à l’annonce de projets-pilotes sur la mise en place de ratios patients-infirmières dans différents milieux de soins au Québec (17 au total, dont à l’Hôpital de Hull).

Ces projets-pilotes n’offrent pas de solutions permanentes pour les infirmières ni de changements à grande échelle. En d’autres mots, ils ne serviront qu’à évaluer la mise en place de ratios sécuritaires et son impact sur le personnel infirmier.

Qui se chargera de l’évaluation ? Quels seront les indicateurs ? Quelles mesures seront prises pour soutenir les autres infirmières, celles qui ne travaillent pas dans les milieux sélectionnés pour ces projets-pilotes ? Quelle somme sera mise de l’avant pour assurer le succès de ces derniers ? Quels changements seront effectués pour créer des conditions organisationnelles favorables aux ratios patients-infirmières ? Plusieurs questions demeurent donc sans réponse à la suite de cette annonce, mais une chose est claire : les ratios patients-infirmières ne sont pas la panacée.

Cessons donc de prétendre que ces projets-pilotes annoncent une « nouvelle ère » pour les infirmières du Québec. La mise en place de ratios patients-infirmières sécuritaires ne relève pas de l’innovation ni de l’expérimentation. Il en va du gros bon sens. Il n’est pas nécessaire de « tester » le concept.

Projets-pilotes absurdes
Quand les infirmières doivent s’occuper d’un nombre de patients qui dépasse leur capacité à prodiguer des soins sécuritaires et de qualité, tout le monde en souffre : risque accru de complications, de réadmission, et de décès chez les patients et risque accru d’erreurs médicales, d’occasions manquées de fournir des soins, de burn-out, de détresse morale, d’absentéisme et de démission chez les infirmières. Tout ça est clairement démontré par la recherche.

Par exemple, nous savons que l’ajout d’un seul patient entraîne un risque accru de mortalité chez les patients hospitalisés. Même chose pour les patients qui subissent une opération.

Difficile, donc, de se réjouir de 17 projets-pilotes quand on sait que les ratios patients-infirmières sont si importants pour la sécurité et la survie des patients.

Si vous êtes hospitalisé au Québec aujourd’hui, vos chances de mourir ou de rester en vie seront fortement influencées par le nombre de patients assignés à votre infirmière. Ce constat est important, car il met en lumière l’absurdité d’applaudir ces projets-pilotes et la nécessité d’exiger plus de la part de notre gouvernement. Nous devons faire mieux et faire vite. On ne peut simplement pas se permettre de traiter cet enjeu comme un projet-pilote.

Marilou Gagnon,

professeure agréée à l’École des sciences de la Facuté des sciences de la santé de l’Université d’Ottawa et coprésidente de l’Observatoire infirmier