Les arguments des défenseurs des quotidiens sont nombreux et convaincants.

Les quotidiens participent à la francophonie

OPINION / Les arguments des défenseurs des quotidiens sont nombreux et convaincants. La réorganisation récente des quotidiens régionaux, qui a provoqué une réduction de postes de journalistes, n’aura pas été suffisante pour leur permettre de survivre en raison des revenus publicitaires en chute libre. Les grands joueurs américains des GAFAM, tels Facebook et Google, sont les principaux responsables de cette chute des revenus publicitaires.

Le site web de La Presse estime que ces derniers accaparent « 80 % des investissements publicitaires numériques ». Une aide gouvernementale est donc réclamée pour financer une information de qualité. L’importance du journalisme professionnel est également soulignée, en cette période de crise des médias, en raison de la prolifération des fausses nouvelles. Le rôle des médias dans nos démocraties n’est plus à démontrer, mais les publics ont été jusqu’à maintenant peu sensibilisés à l’importance des enjeux financiers. Or, voilà que de nombreux citoyens veulent aujourd’hui contribuer à la survie de l’information de proximité et de qualité par le moyen de dons.

Dans le débat en cours, il a été peu question de l’avenir des médias au sein de la francophonie canadienne. Cela fait pourtant rage dans les milieux minoritaires francophones depuis de nombreux mois, si ce n’est des années. Les médias francophones hors Québec sont particulièrement vulnérables, car ils éprouvent également de grandes difficultés. À l’instar des médias du Québec, ils ont perdu l’accès à des revenus publicitaires gouvernementaux dans leurs quotidiens et sont aux prises avec des roulements de personnels importants.

Les médias francophones de proximité jouent un rôle essentiel dans la production et la diffusion de la culture et dans la promotion de l’identité linguistique et culturelle. À titre d’exemple, pensons au quotidien Le Droit qui dessert deux publics, chacun vivant d’un côté de la rivière des Outaouais. Les difficultés du quotidien Le Droit mettent en péril la possibilité d’accéder à une information de proximité de qualité du côté québécois de la rivière, mais également dans la région d’Ottawa et de l’Est ontarien. Le Droit est un cas de figure intéressant, ayant été fondé pour donner voix à la communauté franco-ontarienne et faire la promotion de ses intérêts. Le rôle unique qu’il joue a été illustré de manière exemplaire récemment dans le contexte de la lutte des Franco-Ontariens pour défendre le projet de l’Université de l’Ontario français à Toronto.

Pensons aussi au quotidien Le Nouvelliste, qui couvre l’actualité régionale de nombreuses municipalités qui ont été fusionnées, qui est d’une grande importance pour la Mauricie. Il a été un acteur important, au cours de la dernière décennie, dans le dossier de la pyrrhotite. Depuis 2011, il a été question de la pyrrhotite dans près de 1200 articles. Une étude récente montrait que Trois-Rivières est la troisième ville où les médias écrits parlent le plus d’actualité culturelle après Montréal et Québec. Les quotidiens participent activement au développement culturel dans les régions.

Le gouvernement canadien a un rôle clé à jouer afin de soutenir les médias qui participent à l’essor de la francophonie. Il en va de même pour le gouvernement du Québec en vertu de sa politique en matière de francophonie canadienne. Les deux ordres de gouvernement sont appelés à travailler ensemble en vue d’assurer le développement et l’épanouissement de la culture francophone partout au pays. Il en va de la vitalité de la démocratie et des milieux francophones du pays.

Linda Cardinal,

chargée de mission pour le développement de la recherche,

Université de l’Ontario français

Jason Luckerhoff,

vice-recteur,

Université de l’Ontario français