La majorité des meilleurs sols, même ceux des fermes d’élevage, sont en monoculture et reçoivent chaque année pesticides et engrais minéraux.

Les pesticides et l’expansion subventionnée des monocultures

OPINION / «En 1960, il y avait des vaches partout dans les champs et des truites dans le moindre ruisseau. On ne voit plus que des tracteurs dans la plaine du St-Laurent, transformée en monoculture, et on trouve une trentaine de pesticides dans les rivières Yamaska, Mascouche, l’Acadie, et 1650 fois la limite de toxicité pour la vie aquatique de l’insecticide chlorpyrophos dans un ruisseau d’Oka», écrivait T. Gerbet en 2015.

La présence de plus en plus grande de pesticides dans l’eau, nos aliments, notre sang, n’est qu’une des conséquences, de la politique agricole d’Ottawa et de Québec (renouvelée en 2018) qui vise l’exportation au lieu de chercher à produire des aliments plus naturels de façon plus durable. Elle a remplacé les fermes combinant cultures et élevages par des fermes spécialisées, les unes dans la monoculture, les autres dans l’élevage hors-sol. Ces pratiques polluent les sols où se concentre l’élevage et, ce qui est pire, appauvrissent les sols qui produisent les aliments pour le bétail. Les sols du Québec ont perdu 1,5 % de matière organique en 20 ans (de 6,5 à 5) pendant que le pâturage de la ferme Brylee remontait à 15 %. Le pâturage de B. Hjertjaas capte 22 tonnes de CO2/ha, plus que l’empreinte d’un Canadien. Initiative 4 pour 1000 estime que les Prairies pourraient capter une bonne partie du CO2 en excès.

Ottawa subventionne la production et le transport de céréales depuis plus de 100 ans dans la prairie canadienne qui y a perdu 40 % de son humus. Ce sont ces céréales bon marché qui ont permis aux fermes prospères, corporations, coopératives, de s’emparer d’une bonne partie de l’élevage, ce qui abaissé les prix, chassé les petits agriculteurs et concentré les animaux sur environ 15 % des fermes.

La majorité des meilleurs sols, même ceux des fermes d’élevage, sont en monoculture et reçoivent chaque année pesticides et engrais minéraux. Le prêt agricole, les assurances stabilisation et assurances récolte ont lancé la monoculture. Sans le support de l’État, la monoculture était une opération trop risquée. De mauvais prix ou une mauvaise récolte et c’était la banqueroute. C’est pourquoi toutes les fermes gardaient des animaux qui fournissaient un engrais plus complet que les engrais chimiques qui acidifient les sols, s’accumulent dans le sol, le roc, l’eau, l’air.

Le plus absurde, c’est que la plupart des céréales produites sont destinées à l’alimentation des animaux qui, dans le cas des ruminants, pourraient être nourris majoritairement d’herbe comme on le faisait jusqu’en 1980, sans avoir à bouleverser le sol à chaque année. Au lieu d’exporter des porcs jusqu’en Chine, on pourrait produire le presque milliard de viande bovine qu’on importe.

Les conséquences étaient prévisibles et connues de tout le milieu: appauvrissement et acidification des sols, pollution chimique (pesticides, cadmium, polonium) et organique du sol, du roc, de l’air, de l’eau, dégagement d’azote et de CO2, concentration de la propriété, confinement non éthique des animaux, abandon et négligence de la forêt privée et des fermes des régions périphériques, aliments appauvris, débalancés (omégas), contenant pesticides, OGM, hormones, antibiotiques, etc.

Le modèle actuel n’est pas viable. Il faut ramener les animaux sur le sol qui les nourrit et viser à produire des aliments plus naturels de façon plus durable, notamment le lait et la viande avec de l’herbe, sans pesticides ni OGM, dans des fermes suffisamment petites pour que les animaux retrouvent l’accès à l’extérieur et qu’elles puissent être rachetées par des individus et non reprises par des corporations.

L'auteur du texte est Dominique Bhérer, médecin-vétérinaire à Maniwaki.