Le français est absent lors des conférences de presse quotidiennes du premier ministre ontarien, Doug Ford.
Le français est absent lors des conférences de presse quotidiennes du premier ministre ontarien, Doug Ford.

Les langues officielles en période de COVID-19

En quelques semaines, la COVID-19 a bouleversé nos vies. La situation fait vivre une dure épreuve aux infrastructures sanitaires des provinces, à l’économie du pays dans son ensemble et à la solidarité sociale. Elle s’avère aussi un test aux responsables des autorités publiques de communiquer des informations, souvent cruciales, dans les deux langues officielles.

Est-il nécessaire de le rappeler? La langue est l’enjeu premier en temps de crise.

Quoi de plus important que de pouvoir communiquer avec ses citoyens dans leur langue afin de les informer, leur donner les consignes à suivre, les rassurer et leur rappeler que tous ensemble nous allons vaincre la pandémie.

La communication n’est pas accessoire. Chaque jour, la population retient son souffle et écoute ses élus et représentants à la radio, à télévision ou par internet.

Le maintien du lien de confiance entre la population et ces personnes est crucial en ces temps difficiles et passe par la parole. Se priver des moyens de dire les choses clairement revient à négliger une partie de sa population. Négliger une partie de la population sur le plan de la communication est déplorable en temps normal, cela est impardonnable en situation d’urgence sanitaire comme celle que nous vivons en ce moment.

Tous les élus et responsables de services ne passent pas facilement le test de la communication en ce moment. Comme nous, ces personnes vivent une situation certes inédite, mais à la différence de la plupart d’entre nous elles ont des responsabilités immédiates envers l’ensemble des citoyens.

Au Nouveau-Brunswick tout comme en Ontario, les premiers ministres peinent à s’exprimer en français, pour ne rien dire des autres provinces. Les médias nous apprennent que les directives en français dans certains services en Ontario ne sont plus affichées. Le réflexe est de passer à l’anglais.

Le manque de vigilance à l’égard des langues en période de crise repose sur des idées bien ancrées dans des préjugés selon lesquels la langue est un outil neutre, que tous parlent anglais et que l’unilinguisme est un vecteur d’efficacité. L’unilinguisme est associé à l’efficacité. Les gens compétents sont forcément tous des anglophones.

À l’ère du populisme, le peuple uni ne parle qu’une langue. Au Canada, cette langue est l’anglais. Le français fait partie des choses inessentielles. Le bilinguisme serait un luxe dont on pourrait se passer. L’exiger peut même nous faire passer pour des empêcheurs de tourner en rond.

Or, l’unilinguisme anglais éloigne et aliène une part importante des citoyens du pays. Il nous éloigne encore plus les uns des autres. Les décideurs publics tout comme le milieu des affaires ne doivent pas faire fi de l’importance du bilinguisme et du multilinguisme en période de crise. C’est un enjeu de citoyenneté, de santé publique et de sécurité.

Linda Cardinal, Université de l’Ontario français et Université d’Ottawa