La question complexe de la conciliation travail-famille ne doit pas être traitée à la pièce.

Les familles ne sont pas une marchandise électorale

Dans les derniers jours, le gouvernement Couillard a rendu publiques différentes mesures qu’il compte mettre en place afin d’améliorer la qualité de vie des familles du Québec. Pour les parents, toutes politiques susceptibles de faciliter la conciliation de la vie familiale avec les responsabilités professionnelles et les études sont certainement les bienvenues.

Dans un avis de 2013 pour l’Institut national de santé publique du Québec, nous avions d’ailleurs proposé un assouplissement du congé parental de même qu’une révision des normes de travail pour permettre aux travailleuses et aux travailleurs d’avoir accès à plus de congés rémunérés pour des raisons familiales et à une période de vacances plus longue. Nous devrions donc nous réjouir des annonces récentes du gouvernement actuel. Nous accueillons toutefois ces intentions avec une certaine retenue. 

D’une part, nous croyons, comme d’autres acteurs intéressés par la situation des femmes et des familles, que la question complexe de la conciliation travail-famille ne doit pas être traitée à la pièce. Elle devrait plutôt faire l’objet d’une politique spécifique qui traduit un engagement social et politique envers les familles québécoises. À ce titre, les études sur les effets des politiques montrent à ce titre qu’il est difficile d’évaluer les impacts d’une mesure prise isolément. De plus, il faudra attendre les détails de la mise en œuvre de ces programmes afin de pouvoir saisir pleinement leurs bienfaits pour les mères, les pères et les autres intervenants impliqués.

Notre plus grande critique vise toutefois l’exercice électoraliste auquel se prête le gouvernement de Philippe Couillard avec l’annonce de ces mesures visant les familles. Disons d’emblée que le Parti libéral du Québec n’est pas le seul à courtiser les familles en cette période préélectorale. De son côté, le Parti Québécois entre en mode séduction en parlant de services de garde. Il suggère de revenir à un tarif de garde unique, peu importe le revenu des parents, et de diminuer le coût pour un deuxième enfant. Dans le cas d’un troisième enfant ou pour les familles dont le revenu annuel est de moins de 34 000 $, le service serait tout simplement gratuit. Dans le camp de la CAQ, le chef, qui se targue de vouloir former un gouvernement des familles, reste plutôt discrets sur les moyens qu’il compte mettre en place.

Or, nous souhaitons rappeler aux femmes et aux hommes politiques du Québec que les familles ne sont pas une marchandise électorale et qu’elles continuent de contribuer au développement démographique, social et économique du Québec au quotidien. Pourtant, le gouvernement actuel est celui qui a mis en place la modulation des tarifs pour les services de garde, une mesure qui a favorisé le développement des services de garde à but lucratif et qui a ouvert une brèche dans la solidarité sociale envers les familles. Mentionnons également le sous-financement des organismes communautaires œuvrant avec les familles et pour défendre leurs droits. La précarité financière de ces organismes est lourde de conséquences : trop d’énergie doit être consacrée à la recherche de financement plutôt qu’à répondre aux besoins des familles. Rappelons finalement que ce sont les femmes et les hommes, les proches-aidants, qui doivent compenser le manque d’accessibilité aux services publics, pensons ici aux services de soutien à domicile par exemple.

Il serait donc temps qu’un gouvernement propose une politique de conciliation travail-famille intégrée en début de mandat plutôt que des mesures à la pièce en campagne électorale qui risquent fortement d’être oubliées.

Les auteures du texte sont Nathalie St-Amour et Mélanie Bourque, Professeures à l'Université du Québec en Outaouais.