«Pas surprenant alors que deux des quatre partis en lice pour l'élection partielle fédérale dans Ottawa-Vanier semblent avoir conclu que le facteur francophone n'est qu'un facteur parmi d'autres dans le choix d'un candidat ou d'une candidate», remarque l'auteur.

Les enjeux de l'évolution démographique dans Ottawa-Vanier

Bien que Vanier compte beaucoup de francophones, la taille de ce groupe linguistique a diminué depuis 1992 et ne compte plus que 30 % de la population. Pas surprenant alors que deux des quatre partis en lice pour l'élection partielle fédérale dans Ottawa-Vanier semblent avoir conclu que le facteur francophone n'est qu'un facteur parmi d'autres dans le choix d'un candidat ou d'une candidate. En effet, tant le Parti conservateur que le Parti vert présentent des candidats qui ne parlent pas français. Quant à la candidate Emilie Taman du NPD, elle ne semble pas avoir de liens très profonds dans la communauté francophone d'Ottawa, mais elle est au moins parfaitement bilingue.
Dans la récente course pour l'investiture libérale, huit candidats et candidates étaient en lice, tous et toutes étaient bilingues. Ce qui est intéressant, c'est que tous les candidats et candidates ont fait valoir, tant dans leurs documents que leurs discours, l'importance de maintenir l'héritage francophone d'Ottawa-Vanier et se sont engagés à promouvoir le bilinguisme et à défendre les droits de la minorité de langue française.
La course a été très serrée. Malgré de solides antécédents et son engagement de longue date dans la circonscription, Mona Fortier a terminé tout juste devant sa plus proche adversaire après sept tours de scrutin. Cette rivale, Khatera Akbari, une employée fédérale qui est arrivée au Canada de l'Afghanistan jeune fille, a recueilli beaucoup de soutien parmi la population néo-canadienne croissante d'Ottawa-Vanier.
Certains analystes ont fait valoir qu'en ne se ralliant pas derrière un seul candidat ou une seule candidate dit « de souche », la communauté franco-ontarienne était passée à deux cheveux de perdre l'un des rares sièges au pays qui donne une voix à la communauté francophone minoritaire. Je m'inscris en faux contre cette analyse pour plusieurs raisons.
D'une part, il est sain pour la communauté francophone et pour le processus démocratique que plusieurs candidats et candidates de valeur se soient lancés dans la course. D'autre part, l'ensemble des candidats et candidates se sont prononcés en faveur du bilinguisme officiel à Ottawa. 
J'en tire donc deux conclusions. La première, c'est que la démographie continuera d'évoluer, affectant le poids relatif de la communauté francophone dans Ottawa-Vanier. Il serait donc avantageux pour la communauté francophone d'accueillir en son sein plus de nouveaux arrivants. C'est d'autant plus vrai que, selon les sondages, les personnes dont la langue maternelle n'est ni l'anglais ni le français sont plus nombreuses que les anglophones à appuyer le bilinguisme et à favoriser l'offre de services dans les deux langues. Deuxièmement, pour le moment, le Parti libéral est le plus susceptible d'attirer des candidats et candidates qui valorisent le bilinguisme et les droits des minorités. Traditionnellement, c'est également ce parti qui a le mieux réussi à rallier les communautés néo-canadiennes.
Au cours de la campagne à l'investiture libérale, Khatera Akbari a témoigné avec éloquence de son attachement à la communauté francophone de Vanier, ce qui l'a poussée à apprendre le français. Un jour, elle sera surement une porte-parole convaincante pour la communauté francophone.
L'auteur, Stewart Kiff, est président de Solstice Affaires publiques et lobbyiste enregistré pour d'importants organismes franco-ontariens.