Les employeurs ont-ils le dos trop large?

Les généreuses annonces du gouvernement de l'Ontario sur le salaire minimum, cette semaine, ont eu pour effet de rappeler que les attentes envers les employeurs sont souvent importantes et que ces derniers ont souvent le dos bien large. On souhaiterait qu'ils offrent des salaires plus généreux, plus de vacances, plus de mesures de conciliation travail-famille, plus d'avantages en tout genre, plus de flexibilité, le tout, pour moins d'heures travaillées. Or, à l'aube du prochain arbitrage d'envergure à venir au Québec, soit celui sur les normes minimales du travail, il importe de rappeler quelques faits.
Premièrement, en ce qui a trait aux trois semaines de vacances annoncées par la première ministre ontarienne Kathleen Wynne, il faut rappeler que nous les avons déjà au Québec. En effet, la Loi sur les normes du travail prévoit déjà exactement la même chose pour les travailleurs du Québec, selon exactement les mêmes modalités. Cela sans compter que le Québec est aussi plus généreux envers ses travailleurs, et ce, à plusieurs égards comme en matière d'assurance parentale, de santé et sécurité au travail, etc.
Deuxièmement, il est évident que nous souhaiterions tous avoir plus de congés payés. Toutefois, cela ne va pas sans coûts. En fait, chaque journée additionnelle de congé statutaire consentie aux travailleurs du secteur privé représenterait grosso modo un coût économique pour les entreprises d'environ 500 millions $. Pour une semaine, la facture s'élèverait donc autour de 2,5 milliards $. Or, ce sont là des coûts que les employeurs devraient reprendre quelque part : dans les prix facturés aux consommateurs, dans des hausses salariales moindres, dans des coupures d'heures travaillées, dans des emplois non créés, etc. 
Et on ne compte pas ici l'impact économique que cela aurait également dans le secteur public, car il est fort probable que les syndicats revendiqueraient les mêmes avantages supplémentaires que ceux consentis dans le privé. À cet effet, une estimation partielle des coûts économiques qu'une semaine de congé supplémentaire représenterait dans le secteur public nous mène à plus de 1 milliard $.
Troisièmement, afin de justifier ses annonces, la première ministre Wynne a notamment pointé du doigt la « précarisation » des emplois. À ce chapitre, on accuse souvent la prétendue croissance de l'emploi à temps partiel et des emplois temporaires, qui serait le fruit des volontés cupides des employeurs. Or, se pourrait-il, qu'encore ici, ces derniers aient le dos bien large ? Un examen des données de l'Enquête sur la population active publiées par Statistique Canada, nous apprend que 78 % des travailleurs à temps partiel au Québec le sont pour des raisons purement personnelles (préférences ou contraintes personnelles, études, etc.). En outre, depuis 20 ans, l'emploi à temps partiel imposé par les conditions économiques (absence d'emplois à temps plein, conjoncture économique défavorable, etc.) a chuté de plus de 40 % et ne représentait, en 2016, qu'environ un emploi à temps partiel sur cinq. Ainsi, ce qui est souvent décrit à tort comme une volonté de précarisation de l'emploi par les employeurs, est principalement le résultat direct des préférences des travailleurs eux-mêmes.
Le même constat peut être fait en ce qui concerne la question de l'emploi temporaire ou contractuel. Les données de Statistique Canada démontrent que la progression de l'emploi temporaire dans le secteur privé au Québec est relativement stable, et ce, depuis 1997, oscillant autour de 4 % à 5 % de l'emploi total. Ironiquement, c'est dans le secteur public - soit un secteur fortement syndiqué - que l'on constate la plus forte hausse du taux d'emplois temporaires, qui est passé de 11 % à 13 % de l'emploi total au cours de cette même période.
Souhaitons donc que les discussions qui auront cours dans le cadre de la réforme annoncée de la Loi sur les normes du travail permettront d'en arriver à des compromis basés sur des faits avérés et qui tiennent compte du fait que l'argent ne pousse pas dans les arbres!
Martine Hébert, Vice-présidente principale de la Fédération canadienne de l'entreprise indépendante