Le ministre de la Santé et des Services sociaux, Gaetan Barrette

Les élections : un moment idéal pour débattre des soins buccodentaires

Au cours des dernières semaines, dans le cadre des discussions sur le renouvellement de l’entente entre le gouvernement et les dentistes sur le régime public de soins dentaires, le ministre de la Santé et des Services sociaux a invoqué le fait que les actions menées par les dentistes étaient dues au contexte électoral et, de ce seul fait, ne seraient donc pas légitimes.

Qu’il nous soit permis de revenir sur cette question fondamentale car, peu importe que le ministre ait tort ou raison, les campagnes électorales sont, précisément, le moment où il faut faire les débats de société et déterminer ce que devront être les priorités des prochaines années.

Cela est d’autant plus nécessaire que toute la population québécoise est touchée par des problèmes de santé buccodentaire, des enfants aux aînés. Les conséquences de ces problèmes sont majeures et affectent la santé physique, psychologique et sociale des personnes. De plus en plus de liens avec la santé globale sont faits : la naissance de bébés prématurés et de faible poids, le diabète, les maladies cardiovasculaires et tant d’autres.

Nous croyons donc qu’il faut mettre en lumière un sujet trop longtemps ignoré : la santé buccodentaire des Québécois et l’intégration des services buccodentaires dans l’ensemble des soins de santé et ce, sous quatre angles majeurs.

D’abord, la nécessité absolue de l’élargissement de l’accessibilité aux soins dentaires, particulièrement pour les personnes les plus vulnérables : les enfants, les jeunes adultes et les travailleurs qui n’ont pas accès à une assurance dentaire, les personnes âgées, les personnes vivant avec des déficiences intellectuelles ou physiques ainsi que les populations des régions éloignées sont celles pour qui l’accès aux soins dentaires est limité et difficile.

Ensuite, le rappel de l’importance de la santé buccodentaire, notamment dans le domaine de la santé publique, que l’on menace de restrictions additionnelles et qui vit sous une épée de Damoclès depuis plus de trois ans, comme si, dans ce secteur, l’austérité serait encore à venir. Or le premier rôle de l’État est de s’occuper de ceux qui ont les besoins les plus criants et qui n’ont que lui pour combler ces besoins de base, encore faut-il le rappeler.

Aussi, la prise de conscience du fait que la prévention n’est pas un luxe, mais un devoir et, qui plus est, un devoir rentable à terme. La prévalence de la carie dentaire et des problèmes parodontaux sont des rappels permanents de la nécessité d’investir (et non de dépenser) en prévention. Le système de santé alloue 90 % de ses ressources médicales et dentaires aux soins curatifs qui ne réduisent que de 11 % les problèmes de morbidité. L’allocation de ressources à la prévention permettrait de réduire ces problèmes de près de 60 %.

Enfin, on ne peut pas continuer longtemps à séparer les soins dentaires des soins de santé en général. C’est contraire à la science, c’est contraire à la raison et c’est contraire à une bonne gestion des services de santé. Il est difficile de comprendre ce qui justifie le peu d’intérêt que manifeste l’État à la santé dentaire publique, à la prévention et au fait que tant de personnes soient exclues du régime public de soins dentaires. Le gouvernement considère ce régime comme une dépense compressible et il veut forcer les dentistes à en assumer les conséquences sous le prétexte qu’il n’a pas les moyens de se les payer.

Les services dentaires assurés par la RAMQ sont déjà très limités au Québec. Ils ne concernent que certains groupes et services précis. Alors que le revenu et l’éducation sont parmi les facteurs les plus fortement liés à l’utilisation des services dentaires, des inégalités existent en matière d’accès aux soins dentaires. Ceux qui affichent le plus haut taux de problèmes dentaires sont généralement ceux qui ont le plus de difficulté à accéder aux services dont ils ont besoin.

Les discussions actuellement en cours (ou plutôt en suspens) entre les dentistes et le gouvernement sur le régime public de soins dentaires sont une occasion en or pour que l’État s’intéresse aux vraies priorités, aux vraies affaires pourrions-nous même dire. Et comme au Québec, tout le monde semble sensible aux comparaisons avec les autres provinces, une question se pose à laquelle nous devrions apporter une réponse collective : pendant combien de temps encore le Québec restera-t-il le dernier de classe au Canada en matière de santé buccodentaire ?

Élise Bertrand, D.M.D. M. Sc., présidente 

Sophie Arpin, D.M.D., Ph. D., vice-présidente

Christian Fortin, D.M.D. M. Sc., trésorier de l’Association des dentistes de santé publique du Québec (ADSPQ)