Michaëlle Jean

Les dessous de l’appartement de Michaëlle Jean

OPINION / La semaine dernière, un article est paru dans Le Journal de Québec et repris simultanément dans Le Journal de Montréal et TVA Nouvelles, où il était mentionné que « les contribuables canadiens épongeront des dépenses de 400 000 $ pour l’aménagement de l’appartement de fonction de l’ex-Secrétaire générale de l’Organisation internationale de la Francophonie Michaëlle Jean. »

Nous avons interrogé les acteurs clés, au sein et en dehors de l’Organisation, qui en savent davantage sur cette affaire, pour en savoir un peu plus sur cette histoire qui n’en finit pas de défrayer les manchettes de certains journaux.

Les contribuables canadiens ont le droit de connaître toute la vérité et le fin fond de cette histoire du coût de la rénovation de l’appartement de fonction de l’ex-Secrétaire générale de la Francophonie Michaëlle Jean.

En effet, l’appartement dont il est question est une propriété du gouvernement du Canada, louée par l’OIF pour sa Secrétaire générale. C’est à la demande de l’Administrateur de l’OIF à l’époque, le Québécois Clément Duhaime, que le Canada avait consenti à mettre cet appartement à disposition comme résidence de fonction de Michaëlle Jean, nouvellement élue Secrétaire générale de la Francophonie lors du XVe Sommet de Dakar.

Mais l’OIF avait estimé, en son temps, que l’appartement, à l’état dans lequel il était au moment de l’installation de sa Secrétaire générale, ne répondait pas aux normes attendues de santé et de sécurité.

Les travaux avaient été engagés par l’OIF sous les instructions de l’Administrateur de l’OIF de l’époque, avec le consentement du gouvernement du Canada qui, dans des correspondances documentées, atteste « qu’en l’état, l’appartement n’est pas habitable », que des travaux de réfection s’imposaient en raison de problèmes majeurs notamment de plomberie, d’électricité, d’isolation, de salubrité, faute d’entretien depuis des années et que ces travaux de réfection que l’OIF prendrait en charge seraient certainement considérés dans une offre d’achat.

Michaëlle Jean s’est, en toute confiance, rendue à l’argument de l’Administrateur Clément Duhaime qu’il s’agissait d’une occasion à saisir pour l’OIF qui avait intérêt à acquérir un appartement de fonction pour loger ses Secrétaires généraux. Il l’a assuré qu’un budget était même déjà prévu à cet effet. Elle acceptera alors de s’installer dans un appartement en plein travaux de rénovation, et ce, sans compter tous les inconvénients qui en résultaient.

C’était un bon investissement pour l’Organisation, car les coûts engagés, certes onéreux, seraient largement compensés par les économies à réaliser à long-terme, étant entendu que les coûts locatifs sont souvent prohibitifs à Paris. Il faut dire qu’avant, l’OIF assumait jusqu’à 14 000 euros (21 000 $) par mois, en plus de frais considérables de rénovation, pour loger les précédents Secrétaires généraux.

Rappelons par ailleurs que le loyer fixé alors par le gouvernement canadien, 8 000 euros (12 000 $), était de moitié moins cher que ce que l’OIF avait assumé autrefois pour les prédécesseurs de Michaëlle Jean, dans des appartements qui avaient aussi nécessité des travaux importants par l’Organisation. Au bout de trois ans, cela a permis d’amortir pleinement le coût des travaux.

Il faudrait plutôt admirer Michaëlle Jean d’avoir, en toute humilité, accepté d’être logée dans de telles conditions, en plein chantier et cesser de lui attribuer des « dépenses somptuaires » alors qu’elle n’a fait qu’approuver des décisions administratives et stratégiques de l’OIF, dûment budgétisées, pour l’acquisition d’un bien immobilier estimé nécessaire.

Questionnée à ce sujet samedi dernier à Montréal où elle était invitée à prendre la parole, à l’événement « Fondu au noir » organisé à la Grande bibliothèque, dans le cadre du mois de l’histoire des Noirs, l’ancienne Secrétaire générale s’est dite heureuse d’apprendre que l’OIF aurait conclu une entente de principe avec le gouvernement du Canada pour l’acquisition de cet appartement. Finalement, ses efforts n’auront pas été vains, mais au prix d’atteintes graves et diffamatoires à sa réputation. Elle croit également que l’OIF serait certainement ravie d’acquérir cet appartement, situé dans un endroit idéal pour des activités diplomatiques et à deux coins de rues de son siège.

Le fin mot de l’histoire est que, contrairement à ce que ces journaux ont affirmé, les contribuables canadiens ne paieront pas les soi-disant « dépenses princières », bien au contraire, ils y trouvent leur compte dans cette affaire. C’était un investissement bénéfique, à la fois pour le Canada qui a tiré le meilleur profit de ces travaux effectués par l’Organisation internationale de la Francophonie, la valeur de l’appartement ayant considérablement augmenté, mais aussi pour l’OIF qui aura désormais une résidence officielle et équipée convenablement pour ses secrétaires généraux.

Michaëlle Jean déplore cependant l’acharnement de ces mêmes médias qui l’ont vilipendée ces dernières années avec des gros titres tendancieux pour manipuler l’opinion publique et qui se félicitaient ainsi, en décembre dernier, du non-renouvellement de son mandat à la tête de la Francophonie : « Notre Bureau d’enquête fait bouger les choses : départ de Michaëlle Jean [...] Si l’ex-Secrétaire générale de l’OIF Michaëlle Jean a tant fait la manchette en 2018, c’est sans contredit à la suite de la série d’articles de notre Bureau d’enquête sur sa gestion douteuse des fonds de l’organisation. »

Elle est convaincue que les enquêtes menées par ces médias n’étaient pas dans le but d’informer clairement et objectivement le public canadien et francophone en général, mais simplement pour porter atteinte à son honneur et à sa réputation, et ainsi nuire à sa brillante carrière internationale. Elle espère vivement que maintenant qu’elle n’exerce plus des fonctions officielles, on va définitivement lui ficher la paix.

Isidore Kwandja Ngembo,

Politologue, Ottawa