Selon le gouvernement de Doug Ford, il est temps d'accueillir la technologie dans l'éducation.

Les cours en ligne: pas pareil!

OPINION / En mars 2019, le premier ministre de l’Ontario, Doug Ford, a proposé une série de changements qui ont bouleversé enseignants, élèves et parents. M. Ford cherche à moderniser les salles de classe avec un nouveau curriculum de mathématiques, des classes plus grandes et l’obtention obligatoire de quatre crédits en ligne. Selon son équipe, il est temps d’accueillir la technologie dans l’éducation : n’y a-t-il pas de meilleures façons de faire cela que d’apprendre seul devant un écran, sans le support d’un enseignant qualifié ?

En effet, 1084 élèves ont suivi un cours en ligne lors du premier semestre de l’année scolaire 2018-2019, quasiment le double du montant de 2010. Mais pourquoi ? Selon un recensement fait dans l’école secondaire publique Mille-Îles, la raison pour 95% des élèves, c’est simplement que le cours n’est pas offert à l’école. De plus, aucun des élèves recensés ne croit que le cours en ligne remplace l’expérience d’un cours offert en personne. Personnellement, je peux témoigner que les cours en ligne sont souvent plus difficiles, qu’ils ne sont pas accommodants aux styles d’apprentissages variés et qu’ils ne se comparent pas avantageusement aux cours offerts en personne.

Les difficultés lors des cours en ligne se manifestent de nombreuses façons. Non seulement nécessitent-ils de l’autodiscipline, de la motivation, de la concentration et des efforts, mais en plus, leurs modules chargés ne s’ajustent pas aux activités de la vie scolaire. La quantité de travaux à remettre est habituellement très élevée et peu d’élèves réussissent à demeurer à jour.

L’autodiscipline est l’un des facteurs les plus importants dans la réussite d’un cours en ligne. Sans enseignant ou de camarades de classe présents physiquement, il n’y a personne pour s’assurer que le travail est fait et que les projets sont remis à temps. Dans le cadre du rapport de l’organisme People for Education, certains directeurs d’école ont signalé que « les élèves se montrent généralement enthousiastes à l’idée de s’inscrire à des cours en ligne, mais qu’ils ont parfois de la difficulté à faire preuve de l’autodiscipline que ces cours exigent ». De plus, il y a peu de communication entre élèves eux-mêmes et entre les élèves et l’enseignant responsable du cours en ligne, une réalité opposée à ce que dit le Ottawa Carleton District School Board. Selon ce conseil scolaire, il y aura sûrement plus de communication entre élèves que lors d’un cours en personne. Selon mon expérience, sur cinq cours en lignes différents, j’ai seulement parlé à mes collègues une fois. Même avec les enseignants, il peut être difficile de communiquer. À de nombreuses reprises, j’ai envoyé des courriels importants à mes enseignants, qui n’ont jamais pris le temps de répondre.

Le ratio travail/temps est aussi très élevé, surtout lorsque les sorties et les activités scolaires s’ajoutent à l’horaire. Même pour un élève extrêmement organisé, il est difficile de rester à jour. Certains cours demandent la remise d’un exercice aux deux jours et d’un grand projet par mois, qu’il faut réaliser au cours d’une semaine. C’est aussi exigeant pour les enseignants présents à l’école qui fournissent des efforts pour aider pendant qu’ils enseignent leurs propres cours. Si un élève ne peut pas dépendre de son enseignant en ligne, cette responsabilité retombe sur les épaules d’un autre enseignant, qui se retrouve par la suite avec une surcharge de travail.

Le format des cours

Le format d’un cours en ligne ? Lecture, lecture, lecture et un vidéo Youtube ici et là. Depuis quand un « Français pas rapport » est-il une meilleure ressource qu’un enseignant ? Connaissons-nous même les qualifications de cet inconnu sur Youtube? Pour citer la chef du Nouveau Parti démocratique, Andrea Horwath : « The premier says he consulted with parents. Can he tell us how many of those parents asked for larger class sizes and learning from Youtube ? » Tout au long du secondaire, on enseigne aux élèves de ne pas tout croire sur Internet, de ne pas se fier à YouTube ou à Wikipedia comme sources. Et maintenant, il est obligatoire de suivre quatre cours enseignés par des vidéos de ces même sources !

Si au moins le gouvernement préparait lui-même ces ressources en fonction du cours, au lieu de se fier à des Youtubeurs douteux…

Toutes ces lectures et ces vidéos ne sont pas accommodantes pour tous les élèves. Nous savons qu’il y a trois styles principaux d’apprentissage: visuel, auditif et kinesthésique. Les méthodes utilisées dans les cours en ligne sont principalement visuelles, donc pour les élèves, qui comme moi, n’apprennent pas de cette façon, il est plus difficile d’apprendre ou de retenir l’information. Les cours en ligne favorisent aussi certains élèves. Beyhan Faradi, une élève candidate au doctorat à l’Université de Toronto écrit une thèse sur l’apprentissage en ligne au Toronto District School Board. Elle affirme qu’une minorité d’étudiants réussissent dans les cours en ligne et que ceux-ci se trouvent tous dans des écoles élitistes. Selon l’expert Randy LaBonte, chef de la direction du Canadian eLearning Network, il doit y avoir des programmes alternatifs pour que tous les élèves puissent avoir une expérience positive. Ce peut être aussi simple que des cours hybrides, qui ont déjà plus de succès que les cours entièrement en ligne.

Il n’y a vraiment aucune comparaison entre les cours en ligne et les cours en personne.

Dans un sondage rempli par les étudiants de l’Ontario, la mesure dans laquelle les cours en ligne offraient des possibilités d’apprentissage de qualité comparable à celle des cours en face à face fut évalué. Sur une échelle de un à cinq, où le un signifiait «pas du tout» et le cinq signifiait «identiques», moins d’un quart (23%) des étudiants ont répondu plus d’un trois. La majorité des experts ont des opinions similaires. Je ne crois pas que le gouvernement Ford ait pris le temps d’investiguer la situation avant de faire passer cette politique.

Ce sont de gros changements proposés par quelqu’un qui n’a jamais fini son secondaire !

Magalie Galarneau, Kingston