Le président du groupe Média TFO, Glen O'Farrell

Les compressions à TFO, un début

L’annonce des suppressions de postes au sein de la télévision publique d’éducation francophone de l’Ontario (TFO) a provoqué des réactions de déception et de frustration auprès des francophones.

Ces compressions ont été réalisées dans une dynamique préventive face au nouveau gouvernement de l’Ontario. Elles ont été réalisées par la direction de TFO dans une approche très économique et en fonction de présenter une image de bonne gestion financière avant que le gouvernement de l’Ontario décide de faire lui-même les choix financiers et procède aux coupes.

Il est important de dénoncer les suppressions de postes à TFO. Ceci doit se faire par l’ensemble des intervenants francophones afin de faire immédiatement un front commun. Mais il est aussi essentiel de présenter une solution ou une approche économique afin de régler la situation financière.  

Ainsi, n’y aurait-il pas des moyens de rentabiliser TFO24.7 et ONfr avant de faire les mises à pied ? Les francophones perdent un contenu d’information essentiel, mais aussi une expertise dans le monde des médias. Est-ce possible de vendre le contenu des émissions à d’autres réseaux d’informations, de faire de la sous-traitance, de faire des alliances avec d’autres réseaux et de diffuser sur les réseaux sociaux afin d’attirer des recettes publicitaires ? Il faut utiliser les réseaux sociaux qui offrent le plus les recettes publicitaires afin justement d’assurer une pérennisation de TFO. Il faut accepter de penser « à l’extérieur de la boîte ».

L’objectif du nouveau gouvernement de l’Ontario est de redonner une image entrepreneuriale et dynamique de l’économie ontarienne avec un déficit gouvernemental limité. Pour y arriver, l’équipe de Doug Ford est d’avis qu’il faut au départ faire les coupes budgétaires afin d’équilibrer les livres. TFO fait partie des premières organisations à vivre le couperet et elle ne sera pas la dernière.

Lorsqu’un parti politique a été absent du pouvoir pendant 15 ans, il est très difficile de l’influencer, à moins d’avoir une entrée privilégiée auprès des décideurs politiques du Bureau du premier ministre. 

Le nouveau gouvernement écoutera de façon polie les préoccupations des différents intervenants, mais il veut réaliser son plan. Seuls ceux qui sont dans la machine du pouvoir pourront changer le cours des décisions pendant les 24 prochains mois, à condition d’avoir une solution économique et financière viable.

Les francophones doivent apprendre très vite à connaître les conseillers politiques du nouveau gouvernement et ceux qui sont proches des décisions politiques et financières, car les communiqués de presse et autres documents de contestations ne feront pas le poids a un système qui a une idéologie et une approche très définie.

Il reste aussi toujours la voie juridique et le droit d’invoquer les principes de droits linguistiques fondamentaux afin d’exiger un droit à l’information en français au même standard que la majorité. Toutefois, les débats juridiques sont coûteux et consomment du temps et de l’énergie. 

Voilà la plus grande faiblesse de la Loi sur les services en français : les francophones n’ont aucun recours administratif formel afin de faire réviser une décision. 

Quand un nouveau gouvernement veut réaliser son plan, les choses vont bouger très rapidement et les francophones doivent avoir une stratégie, car s’ils n’ont pas un plan pour eux, le gouvernement de Doug Ford en aura un plan pour ces derniers.

L’auteur est Gilles Levasseur, avocat et professeur de gestion et de droit à l’Université d’Ottawa.