Sur la photo, Eleanore Sunchild, Sheldon Wuttunee, Debbie Baptiste, la mère de Colten, Alvin Baptiste, l’oncle de Colten, la sénatrice Kim Pate, Me Chris Murphy et Jade Tootoosis, cousine de Colten.

Les chefs dénoncent l’affaire Boushie

À Justin Trudeau, premier ministre du Canada

La présente fait suite à la décision rendue par un tribunal en Saskatchewan qui a acquitté un fermier du meurtre au second degré d’un jeune autochtone de 22 ans, Colten Boushie. Membres des Premières Nations, nous tenons à dénoncer le semblant de justice qui s’est déroulé dans cette cour. Ce que nous savons aussi, c’est qu’en dépit du fait que plus de 150 000 personnes autochtones habitent la Saskatchewan — représentant 16 % de la population, le fermier accusé de meurtre a été jugé devant un jury composé exclusivement de personnes de race blanche. Dès lors, nous savions que la balance de la justice pencherait du mauvais côté ; le verdict nous a malheureusement donné raison.

On voudrait croire qu’une telle situation est exceptionnelle et anecdotique, mais dans les faits, la discrimination contre les membres des Premières Nations est présente partout au Canada. Qu’il nous soit permis de rappeler que les autochtones qui vivent au Québec rencontrent la discrimination et le racisme sur une base quasi quotidienne à tous les niveaux. On applaudit dans la société lorsque les gouvernements forment des « commissions » pour étudier toutes ces situations que nous jugeons totalement inacceptables en tant que société, mais que nous refusons pourtant de régler, car cela reviendrait à admettre nos erreurs et nos fautes. On décore une tablette de ces rapports sans y donner suite. Tout cela contribue à faire monter la tension au sein de nos communautés et le sentiment d’une injustice systématique à tous les paliers de la société.

Instituée en 2017, la commission Viens vient confirmer encore une fois la place non enviable que la société québécoise et canadienne réserve aux peuples autochtones. Depuis la Commission royale sur les peuples autochtones en 1991, plusieurs autres commissions se sont succédé et toutes en sont venues au même verdict. De combien d’autres du genre aurons-nous besoin ?

La mort inacceptable d’un jeune autochtone et surtout le fait que l’auteur de ce meurtre puisse s’en tirer sans aucune condamnation est l’exemple parfait de ce double standard de la justice et dans la société en général. Le verdict de ce jury vient reconnaître le droit de ce fermier d’abattre, volontairement ou par erreur, un jeune autochtone pourtant non armé.

Il est également reconnu que les cours de justice ont tendance à considérer la prison comme la seule option lorsque ceux-ci se présentent devant un juge. On s’étonnera ensuite de constater que les membres des Premières Nations soient représentés de façon disproportionnée dans les prisons.

Toute cette histoire, les premiers ministres du Canada et du Québec devraient sonner le signal d’alarme qu’il est temps de travailler sur les conditions économiques et sociales des peuples autochtones, sur le développement de meilleures relations entre la société en général et les peuples autochtones et sur la mise en place de mesures visant à s’assurer que les décisions rendues par nos institutions soient justes envers toutes les minorités, incluant la première vraie nation à l’origine de ce pays.

Pour toutes ces raisons et de nombreuses autres qui vous ont été exposées à maintes reprises dans le passé, nous vous enjoignons, tant à Québec qu’à Ottawa de prendre les mesures nécessaires et de modifier le système judiciaire pour vous assurer que dans le cas de causes impliquant des autochtones tant en tant que victimes qu’en tant qu’accusé, il soit établi dans les procès avec jury la participation nécessaire des membres des Premières Nations en tant que jurés.

Nous sommes également d’avis que la décision rendue en Saskatchewan est une décision foncièrement injuste et qu’elle devrait faire l’objet d’un appel, et que des pressions devraient être exercées immédiatement en ce sens. Il en va de la confiance de la société en entier envers notre système de justice.

Les auteurs sont :

  • Adrienne Jérôme, Chef de Lac Simon
  • David Kistabish, Chef de Pikogan
  • Régis Penosway, Chef de Kitcisakik
  • Steeve Mathias, Chef de Long Point
  • Jean-Guy Whiteduck, Chef de Kitigan Zibi
  • Lance Haymond, Chef de Kebaowek
  • Verna Polson, Grand chef du Conseil tribal de la nation algonquine anishinabeg