Le leader du gouvernement libéral, Jean-Marc Fournier.

Les Canadiens-français, «peuple fondateur»

Si le Québec est sincère dans son désir d’en finir avec les deux solitudes, Jean-Marc Fournier démontre jusqu’à quel point il n’a pas compris le rôle que devrait jouer sa province dans l’ensemble canadien concernant cette question. Le ministre responsable des Affaires intergouvernementales canadiennes présentait la vision de son gouvernement pour le Québec et le Canada du futur à l’Université d’Ottawa, plus tôt cette semaine.

Au lieu de tendre la main au reste du Canada au prime abord de son intervention, il se regarde le nombril et ramène les ennuyeuses aspirations du Québec comme enjeu central de son projet.

« Lorsqu’on aura convenu, sans crise constitutionnelle, dit-il, que ce n’est pas si compliqué de reconnaître que le Québec est une nation dans le Canada, on pourra le mettre dans la constitution, sans se déchirer.»

La vieille rengaine que les Québécois forment une nation distincte au sein du Canada redevient le tout ou rien d’une reconnaissance par le Québec de la Constitution canadienne.

Cela me paraît plutôt comme une stratégie pour aller chercher des votes chez les indépendantistes mous aux prochaines élections et donc à ne pas pas prendre au sérieux.

Si par contre, c’est une main tendue au «Rest of Canada», c’est bien mal comprendre le ROC, à commencer par les Canadiens français qui résident hors Québec.

D’abord, historiquement, c’est faux de proclamer : « Le Québec, lui, n’a jamais abandonné sa vision d’être un peuple fondateur. » Ce n’est pas le Québec qui est un peuple fondateur mais ce sont les Canadiens-français du Canada qui sont le peuple fondateur. La nation québécoise n’existe pas. Ce qui existe, c’est la nation canadienne-française.

Du côté du ROC, il n’est pas du tout nécessaire ni utile « que les francophones et les francophiles s’adressent aux Canadiens qui ne parlent pas le français pour leur dire à quel point la connaissance de cette langue est une richesse pour eux également. » Les anglophones de ce pays le savent très bien et c’est accepté par la grande majorité d’entre eux. On n’a qu’à voir jusqu’à quel point l’organisme Canadian Parents for French fait un effort à travers les pays pour que leur jeunes apprennent le français. Les écoles d’immersion française ne peuvent fournir à la demande.

« Le Québec et le Canada ont changé et sont prêts à un rapprochement », dit Jean-Marc Fournier. Ce rapprochement est conditionnel à l’acceptation par le reste du Canada que le Québec « société distincte » soit inscrite dans la Constitution. Ne voit-il pas l’incongruité de cette position qui exige en fait que soit reconnu la division du Canada en deux entités distinctes?

La « compréhension mutuelle » dont il parle est l’exigence proclamée par les séparatistes que les Québécois sont une société distincte plutôt qu’une partie intégrale d’une «nation canadienne» avec son fondement francophone d’une part et anglophone d’autre part. Voilà la compréhension du côté québécois qui continue de nous échapper.

L'auteur du texte est Bruno Lagacé d'Ottawa.