Le 25 septembre, les Franco-ontariens célèbrent leur journée nationale. Parmi les grands combats de cette communauté, les accents sur les mots français est un élément identitaire important.

Les accents du français

Les Franco-ontariens célèbrent, le 25 septembre, leur journée nationale comme communauté francophone de l'Ontario. Leur drapeau est un symbole identitaire rassembleur d'une communauté qui aspire à l'égalité avec le groupe majoritaire en Ontario et a un développement et épanouissement en français. La visibilité de la langue dans toutes les sphères de la société devient essentielle à la reconnaissance de la place de la communauté francophone tant en Ontario qu'au Canada.
Parmi les combats pour cette reconnaissance, celui pour les accents sur les mots français est un élément identitaire important. Il marque la présence et le combat d'une collectivité qui cherche à confirmer sa visibilité et son devenir. Pour plusieurs, les accents sur les mots sont des gestes qui imposent des coûts et des obligations linguistiques ; ils les jugent ainsi superflus, non nécessaires. Toutefois, ceci est justement le but des combats, soit de confirmer l'existence et l'influence de la communauté franco-ontarienne.
Le mouvement pour ramener l'accent aigu sur le mot « Orléans », il y a 25 ans, a permis de rappeler la présence historique et actuelle des francophones dans ce secteur d'Ottawa. Les accents amènent une visibilité et une reconnaissance à l'usage du français, mais aussi, permet de protéger la prononciation du mot dans son origine historique et linguistique.
Avec l'importance des réseaux sociaux et des outils électroniques, on oublie souvent le génie de la langue française. Il ne faut pas avoir peur d'écrire correctement en français avec les particularités de la langue, les mots et noms malgré les obligations linguistiques. Le combat pour les accents n'est pas seulement la lutte de certains individus, mais d'une communauté qui cherche à s'affranchir de son vécu par un signe identificateur. 
Autant le drapeau est un symbole fort de la présence franco-ontarienne, autant le respect linguistique des mots et de leur écriture devient essentiel au devenir collectif.
On note très souvent le manque de respect du génie de la langue française dans la façon d'épeler un centre commercial en oubliant soit un trait d'union ou l'emploi fautif de certains mots afin d'avoir une épellation uniforme en anglais. Le danger de cette approche est de faciliter un logo unique au détriment du vécu d'une communauté et des francophones. Trop souvent nous avons une crainte de critiquer ce manquement au français par inquiétude de réactions très fortes des entreprises qui invoquent les coûts plus importants d'avoir un nom dans les deux langues officielles (« L'anglicisation du Centre Rideau », Le Droit, 16 août 2016). Mais cela amène à banaliser le français et la place historique et actuelle de la communauté francophone.
Avoir un français correct dans l'épellation des rues, des édifices, des marques de commerce devient un combat qui nécessite une vigilance constante. 
C'est un relativement nouveau cheval de bataille face au monde des affaires. Collectivement, nous n'avons aucune hésitation à exiger le respect des mots en français auprès des instances gouvernementales, mais il est aujourd'hui notre devoir d'exiger de même du secteur privé. Combien de fois avons-nous constaté l'omission d'un affichage dans les deux langues officielles, ou simplement correct en français, sans que cela n'ait  fait l'objet de critiques ou de correctifs.
Ne pas protéger l'usage des mots français revient à accepter que la langue de Molière soit d'une moindre importance au point où son utilité économique et commerciale soit limitée à des éléments ponctuels. Vivre pleinement sa langue et sa culture exige une visibilité adéquate en français tant par les gouvernements que les autres secteurs de la société. Perdre ce combat équivaut à s'effacer lentement de la réalité socio-économique. Voilà pourquoi, la bataille des accents est aussi la bataille du devenir de la communauté franco-ontarienne.
L'auteur est Gilles Levasseur, constitutionnaliste et professeur à l'Université d'Ottawa.