«endant que j’avais des 95 % en math et en écriture, mes capacités d’innovation et de créativité s’effritaient peu à peu. J’avais des 90 % en lecture, tout en perdant mon désir de lire et d’apprendre», écrit l'auteur de cette lettre.

L'enfant qui était parfait pour l'école

OPINION / Je suis l’exemple parfait de la réussite du système scolaire québécois et pourtant, j’ai choisi l’école à la maison pour mes enfants.

En sixième année, j’ai reçu le prix du directeur pour l’élève s’ayant le plus démarqué académiquement, socialement et physiquement.

J’ai cumulé les tableaux d’honneur tout au long du secondaire et couronné le tout avec deux diplômes universitaires. L’école, c’était facile, j’avais des amis, je jouais sur l’équipe de hockey et jamais, je n’ai vécu d’intimidation. J’étais parfait pour le système et le système était parfait pour moi.

Mais j’ai aussi cumulé autre chose que les prix et les diplômes. Je le réalise aujourd’hui. Perte de ma soif d’apprentissage, besoin de réussir et de plaire à tout prix, crainte de l’échec, étouffement de ma créativité. Sans parler de la dégradation de ma joie de vivre.

J’étudiais selon ce qui serait à l’examen. Je participais aux comités et faisait du bénévolat parce que c’était bien vu. Toujours une ligne de plus sur le curriculum vitae.

À travers cela, j’ai arrêté de prendre le temps. Prendre le temps de lire pour le plaisir, de danser et rire avec mes amis. D’apprendre par simple intérêt. D’aller en profondeur dans un sujet qui m’intéressait.

J’ai toujours senti une grande tristesse au fond de moi. Sans jamais la comprendre. Je mettais le masque de l’enfant parfait et heureux. J’avais tout et tout était facile. Comment pouvais-je me plaindre?

Ce n’est que récemment que je me suis mis à comprendre. On m’a volé ma joie d’apprendre quand j’étais petit. On m’a dit de suivre le cadre, et on a supprimé mes élans créatifs. Et c’est ce que j’ai fait, car l’enfant parfait, vous savez, il doit plaire à tout le monde.

Aujourd’hui, j’ai arrêté de supprimer. Le déclic ne s’est pas fait du jour au lendemain. Petit à petit, je me suis rebellé face à la personne que le système voulait que je sois. Et je me suis retrouvé.

Ma soif d’apprendre renouvelée, je me suis remis à écrire, lire et même jardiner pour le plaisir. La créativité et l’innovation qui en ont découlé m’ont permis de repenser et restructurer mon entreprise. L’entreprise se porte mieux que jamais, ainsi que mon équilibre de vie.

Et les signes sont de plus en plus présents.

La conférence «TED» la plus visionnée de l’histoire s’intitule «Est-ce que l’école tue la créativité?» Prenez le temps de la regarder. Car, selon un sondage de IBM de plus 1500 patrons à travers le monde, la qualité la plus importante au sein des organisations du futur est justement la créativité.

Ça vaut la peine de le répéter: la créativité. Pas la rigueur, la discipline ou la standardisation au coeur de notre système scolaire. Cette créativité est essentielle pour naviguer un monde et des problèmes de plus en plus complexes et interconnectés. Les grandes universités le reconnaissent en acceptant de plus en plus, les jeunes au parcours scolaire atypique.

Comment développer la créativité dans un encadrement aussi strict que le système actuel? Où l’on transmet la peur de l’échec et de faire les choses autrement. Soit les fondements même de l’innovation.

Comment, gens de la classe politique, allez-vous développer la créativité des générations futures? Où se retrouve-t-elle dans votre système scolaire? J’y ai passé 20 ans de ma vie sans jamais la rencontrer.

Car même si l’on gagne en rigidité et discipline, on finit par perdre sur d’autres fronts.

Pendant que j’avais des 95 % en math et en écriture, mes capacités d’innovation et de créativité s’effritaient peu à peu. J’avais des 90 % en lecture, tout en perdant mon désir de lire et d’apprendre.

Dans les statistiques, je suis un succès du système scolaire. Et pourtant, je suis plutôt un échec. J’ai fini par être un décrocheur. J’ai décroché de ma joie de vivre, de ma créativité et de ma soif de créer un monde meilleur. Et ça m’a pris des années pour me retrouver.

J’ai le goût et le droit de choisir autrement pour mes enfants.

Un apprentissage sans limite, ni restriction. Apprendre de façon organique. Les maths en jardinant, le français en lisant sur un sujet qui les passionne. La curiosité par le voyage. Apprendre les bases du système actuel sans les examens, cahiers et devoirs. Y aller au rythme de notre famille.

L’enseignement en famille est complètement différent que dans une classe. Pas le même ratio. Pas le même environnement. Suivre une façon de faire créé pour un environnement scolaire enlève la magie, les valeurs et le pourquoi de l’éducation à la maison. C’est pour ces raisons que je ne suis pas d’accord avec le nouveau règlement.

L'auteur est Olivier Rousseau, de Val-David.