«Même s’il réalise immédiatement l’intégral de ses promesses électorales, le [ministre des Finances du Québec, Éric Girard] disposera toujours d’une marge de manœuvre financière de plus de sept milliards de dollars dans les trois prochaines années», écrit Sonia Éthier, présidente de la CSQ.

L’éléphant du magicien Girard

POINT DE VUE / À la veille des négociations du secteur public, le gouvernement de François Legault nous prépare un nouveau tour de magie. Jeudi prochain, au moment de sa mise à jour économique, son ministre des Finances, Éric Girard, tentera de faire disparaître 2,9 milliards $ de surplus budgétaire!

Au menu, illusionnisme, jonglerie de promesses et acrobaties comptables… Est-ce que cela sera suffisant pour nous leurrer? J’en doute fort, car aucun chapeau de magicien n’est assez profond pour y faire disparaître un éléphant.

Les chiffres sont clairs : même s’il réalise immédiatement l’intégral de ses promesses électorales, le gouvernement disposera toujours d’une marge de manœuvre financière de plus de sept milliards de dollars dans les trois prochaines années. C’est déjà assez pour répondre aux revendications portées par la CSQ afin d’améliorer les conditions de travail des travailleuses et travailleurs des services publics.

Marge de manœuvre

On sait déjà que le cadre financier du gouvernement compte une marge de manœuvre importante. Entre 2019 et 2023, les dépenses de programmes augmenteront d’environ 10 %. Si la part de ces dépenses qui est consacrée à la rémunération des employés de l’État se maintient, c’est 4,8 milliards de dollars de plus qui sont déjà prévus au budget pour augmenter les salaires ou créer de nouveaux postes.

Surplus financier

À l’instar des quatre dernières années, le gouvernement devrait terminer l’année 2019-2020 avec un surplus «surprise» de près de 2,9 milliards de dollars, si on se fie à la moyenne des quatre dernières années. 

«Attention, ce surplus n’est pas récurrent!», diront-ils pour la quatrième fois. Pourtant, le dernier rapport mensuel des opérations financières confirmait que le gouvernement avait déjà 824 millions de surplus de plus que prévu après seulement trois mois d’opération.

Fonds des générations

Les versements annuels au Fonds des générations augmenteront d’un milliard de dollars d’ici 2023, même si le Québec est en avance de cinq ans sur ses objectifs de remboursement de la dette. On pourrait facilement maintenir les versements au fonds à 2,5 milliards et consacrer les sommes excédentaires prévues pour éponger la dette que le gouvernement a envers son personnel.

Roulement de tambour et nuage de fumée… Le gouvernement annoncera cette semaine qu’il devance la réalisation de ses promesses : harmonisation de la taxe scolaire, maternelles 4 ans, augmentation de l’Allocation famille, fin de la contribution additionnelle des services de garde éducatifs. Un bel essai, certes, mais insuffisant pour faire disparaître les surplus puisque le financement de ces promesses est déjà budgété en majeure partie. Il ne reste que 1,1 milliard à engager pour tout réaliser dès cette année. 

Mettre fin au cirque

Des milliards de marge de manœuvre pour augmenter la rémunération globale des employés des services publics déjà disponibles, il en reste donc 7,6 milliards après la réalisation des promesses électorales de François Legault. 

Au-delà de cette marge budgétaire déjà disponible, le gouvernement pourrait plutôt orienter son budget afin d’accélérer le réinvestissement dans la qualité et l’accessibilité de ses services publics au lieu de maintenir les employés de l’État et les prestataires de services dans un cirque infernal.