La ville de Christchurch, en Nouvelle-Zélande, a été le théâtre de deux attaques terroristes dans des mosquées ayant fait 50 morts, le 14 mars dernier.

«L’écoute attentive» comme réponse à la haine

OPINION / Avant l’épouvantable tragédie de Christchurch, Le Droit a publié une lettre («Excusez-moi, mais est-ce que ça va?», 14 mars) et une chronique sur «l’air malsain» créé par les médias sociaux. Ce sont autant de signes qu’il faut réfléchir sérieusement à nos manières de vivre ensemble, et de se gouverner. Évidemment, il y une énorme différence quand la haine provient d’un fusil au lieu d’un clavier ou d’un téléphone. Mais le malaise de fond a une racine commune.

Il faut croire que ceux et celles qui expriment de la haine sont des gens qui souffrent d’isolement, qui sont mal compris et méconnus dans leur société. Aujourd’hui, les plus fortunés d’entre nous bénéficient de l’amour de leur famille et d’une solidarité amicale dans d’autres espaces au sein de la communauté – à travers l’école ou le travail, les activités communautaires, la spiritualité, etc. On apprend à se connaître et à s’accepter à travers nos différences dans ces espaces. Les médias traditionnels nous aident parfois aussi, avec leurs recherches de perspectives contrastantes.

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Mais il semblerait que ces opportunités sont maintenant insuffisantes. L’évolution de nos institutions fait que le repli sur soi et les chambres à écho gagnent du terrain. De plus en plus, nous exhibons une «terrible ignorance» des uns envers les autres – une ignorance qui dans le pire des cas peut mener à un déni de la perspective de l’autre et à différentes formes de phobies (par exemple l’islamophobie) qu’il faut urgemment chercher à comprendre et à surmonter ensemble pour ne plus revivre les tragédies comme celle de Christchurch. Or, comme le dit le grand historien Michelet, cette ignorance n’est pas soutenable en démocratie. On ne peut pas se gouverner démocratiquement comme peuple sans un minimum d’ouverture, de connaissance et de confiance mutuelle entre citoyens.

Si on ne se connait pas les uns les autres, en dehors de nos petites îles domestiques, c’est en partie parce qu’on ne se donne pas les opportunités à travers nos structures de société. 

On dirait que les institutions représentatives (partis politiques, etc.) ne se sont pas adaptées aux besoins de la population qui, il faut dire, est de plus en plus individualisée. Il nous faut des espaces pour se parler et pour s’écouter — surtout la personne dont on ne comprend pas toutes les opinions, qui n’est pas de notre génération, celle qui vient d’ailleurs, celle qui a une autre religion, ou celle qui a vécu quelque chose de différent. 

La personne qui ne nous conforte pas nécessairement dans nos opinions.

Avant la vague populiste, on parlait souvent de faire la politique autrement. On n’a toujours pas réussi à établir des structures qui prennent en compte l’existence ordinaire du commun des citoyens, comme fin en soi et en lien avec les grands enjeux politiques. Mais si on ne prend pas le temps de se comprendre, comment est-ce qu’on peut prétendre établir des lois qui sont justes, qui saisissent et reflètent la réalité pluraliste des parcours vécus? Il faut rouvrir les portes de la communication, il faut ouvrir le parlement aux citoyens.

Les auteurs sont :

  • Andrew Gibson
  • Isabelle Bousquet
  • Natalie Gagné
  • Colette Coughlin
  • Hayet Laggoune
  • Bato Redzovic