L'école publique pour tous en Ontario

L'Ontario est une des rares provinces qui subventionnent encore deux systèmes d'éducation, l'un public et l'autre catholique. Est-ce nécessaire dans une société où il y a séparation de pouvoirs entre l'Église et l'État ? Je crois qu'il est temps de repenser notre approche sur cette question, comme l'ont fait depuis longtemps le Nouveau-Brunswick et le Québec, et de faire un virage vers un seul système public.
J'endosse donc la récente position de l'Association des conseils scolaires des écoles publiques de l'Ontario (ACEPO). Les Franco-Ontariens n'ont pas besoin de guerre entre deux entités scolaires, de clôture entre jeunes de même âge et de même langue. Nous vivons dans une société laïque et nos écoles devraient refléter cette réalité.
La promotion d'une identité religieuse, quelle qu'elle soit, n'incombe pas aux écoles. La famille et les églises sont là pour jouer ce rôle. 
Il est vrai que j'ai fait mes études secondaires dans un séminaire, au début des années 1960, mais cela est arrivé parce que c'était alors la seule façon d'étudier en français.
Aujourd'hui, l'école publique de langue française, de la prématernelle à la 12e année, est presque assurée dans chaque région de l'Ontario. Je dis « presque » car, selon l'ACEPO, il y a 48 municipalités en Ontario où il n'y a aucune école laïque francophone.
Vous direz sans doute que, en Ontario, la constitution protège les droits acquis des catholiques. Mais cela relève d'une époque révolue. L'ONU a d'ailleurs reproché deux fois au Canada - en 1999 et en 2005 - d'avoir violé le Pacte international relatif aux droits civils et politiques en accordant un privilège à un groupe religieux et en le refusant aux autres.
Le double système d'éducation en Ontario français conduit constamment un conseil scolaire à demander plus de financement que l'autre. 
Dans certaines régions, la qualité de l'enseignement au niveau secondaire en souffre. Et on a déjà vu des situations ridicules lorsque deux écoles sont sous le même toit, comme une photocopieuse qui doit être catholique ou publique, pas les deux !
Il arrive parfois que l'horaire soit conçu pour éviter qu'un jeune catholique croise un jeune du système public. Incroyable ! Les catholiques ont-ils peur que la laïcité soit contagieuse ? Et pourquoi un jeune homosexuel fréquentant une école secondaire catholique doit-il aller jusqu'à déposer une plainte au Tribunal des droits de la personne pour faire respecter ses droits ?
La Saskatchewan, l'Alberta et l'Ontario sont les seuls à financer un double système scolaire (public et catholique). L'Ontario ne doit pas avoir peur de rebrasser les cartes, même si cela exige un débat constitutionnel. Le bon sens finira par triompher.
Paul-François Sylvestre, Écrivain basé à Toronto