Édith Dumont a reçu le titre de Chevalier de l’Ordre des Palmes académiques de la République Française.

Le triple défi de l’éducation moderne

À l’occasion de la remise de l’Ordre des Palmes académiques.

C’est avec le cœur rempli de reconnaissance que je reçois cette décoration de Chevalier de l’Ordre des Palmes académiques de la République Française. Permettez-moi de tourner les projecteurs vers l’avenir. Le regard que je porte sur mes expériences passées m’amène aujourd’hui à incomber à l’éducation une responsabilité collective et sociale: celle de créer des environnements qui incitent les enfants à renouveler leur vision du monde. Et pour nourrir une vision du monde salutaire, nous avons aussi la responsabilité de redonner espoir et confiance, que la vie est plus forte que la somme de ses défis.

Je profite donc de cette tribune pour exprimer trois aspirations pour l’avenir de l’éducation.

La première : créer un environnement où l’espoir n’est pas une option, mais une obligation ! Je perçois nos écoles comme des enceintes qui donnent naissance à l’avenir du monde. Et toute naissance amène une responsabilité pour celles ou ceux qui l’ont engendré. Cela exige, de notre part, des regards bienveillants et des mains tendues en guise d’appui.

Apprendre à nos enfants à prendre des risques, les attendre lorsqu’ils prennent des détours, les accueillir avec amour lorsqu’ils vivent un moment difficile, les applaudir et surtout laisser nos larmes monter, sans pudeur, quand on les sent heureux et remplis d’inspiration pour l’avenir: tout ça fait partie de notre rôle d’éducateur. Et ​si ​pour certains enfants, la famille et l’environnement ne sont pas des lieux réconfortants et inspirants, l’école, elle, doit multiplier les possibles et être un ​gage d’espoir !

La deuxième : créer un environnement où la présence des femmes n’est pas une option, mais une obligation ! Comment faire naître le courage chez nos filles de s’engager, avec confiance, dans les prises de décision les plus cruciales de ce monde ? Tous les secteurs de la vie humaine ont besoin des femmes, comme des hommes. Elles peuvent offrir des perspectives complémentaires, voire différentes parfois. Nous sommes encore trop peu nombreuses à participer aux forums les plus stratégiques et influents de ce monde. Les questions d’équité, d’inclusion et de diversité sont aussi tributaires de ce triste constat. À nos filles, donnons le goût de prendre part à des conversations et des décisions qui contribuent à l’évolution de nos sociétés. C’est à l’école que cette prise de parole s’apprend et se prend !

La troisième : créer un environnement où le dépassement n’est pas une option, mais une obligation ! Au risque de surprendre, je trouve que tout ne peut pas être pris en compte dans des politiques et des planifications stratégiques. En éducation, il y a cette partie de nous qui n’entre pas dans un cadre et qui ne se révèle pas dans une équation prévisible. Et c’est là que je pense qu’il existe une discipline qui aurait tout avantage à entrer en dialogue avec les penseurs de l’éducation: les arts. Comme un appel à s’exprimer, à réfléchir autrement, à rencontrer l’autre dans toute sa diversité et à repousser les frontières de ce qu’il est possible de faire. En fait, si le dépassement est à la fois un voyage vers soi et un généreux élan vers et avec les autres, les arts me semblent des chemins à explorer prioritairement.

Quand les jeunes font de l’art, je les sens vivants et grands, au-dessus de la mêlée ! Je les sens dans un espace où ils projettent avec confiance des espérances pour l’avenir. Chaque fois, je ressens aussi un élan de confiance qui me chuchote que nous devrions, nous aussi, explorer dans le même sens, pour réinventer l’éducation et être de véritables acteurs du changement en éducation ! L’art serait-il cet espace indispensable où la création s’avère une opportunité constante de renaître et de se dépasser ?

L'auteure est Édith Dumont, directrice de l'éducation au Conseil des écoles publiques de l’est de l’Ontario.