« Il serait catastrophique d'abandonner la défense de cette liberté fondamentale [la liberté d'expression] au camp des nazis et de leurs alliés », conclut le professeur Tibor Egervari.

Le triomphe de la novlangue

Nous assistons actuellement au triomphe de la novlangue dont on trouve cette définition dans Wikipédia : « Simplification lexicale et syntaxique de la langue destinée à rendre impossible l'expression des idées potentiellement subversives et à éviter toute formulation de critique de l'État, l'objectif ultime étant d'aller jusqu'à empêcher l'« idée » même de cette critique. » Le dernier exemple en est l'éditorial de Brigitte Breton intitulé « Contrepoids à la haine » (Le Droit, 19 août).
Son propos concerne les restrictions à imposer à la liberté d'expression afin de contrer la propagation de « la haine », de « l'intolérance » des « messages toxiques » et de la « division ». Tous ces dangers sortent directement du moule officiel et sont répétés ad nauseam jusqu'à ce que les mots perdent leur sens et deviennent partie d'un crédo.
J'avoue sans fierté, mais aussi sans honte, que je hais profondément les idées nazies et j'ai toutes les raisons du monde pour agir ainsi. Or, si je me fie au discours officiel que répercute Mme Breton, il n'y a que les méchants qui peuvent haïr.
Il en va de même pour la « tolérance » dont le sens a été détourné de « tolérer même ceux que je n'aime pas » à « seuls ceux que j'aime ont droit de cité ».
Enfin, la « division » qui est à la base même d'une société libre et démocratique, puisque la fameuse « diversité » en est une des expressions, est devenue l'anathème par excellence. Son contraire est censé être « l'unité » de la société qui, ironiquement, nous grouperait tous... contre les réprouvés de cette même société.
Et c'est ainsi qu'en utilisant la novlangue, on supprime les nuances de la pensée que remplacent les mots passe-partout. Dans cette logique-là, la liberté d'expression devient un crime de lèse-autorité, c'est-à-dire une menace pour la pensée unique.
Il serait catastrophique d'abandonner la défense de cette liberté fondamentale au camp des nazis et de leurs alliés.
L'auteur est Tibor Egervari, professeur émérite à l'Université d'Ottawa