Suite aux tornades de 2018, 192 ménages ont fait appel aux Œuvres Isidore-Ostiguy.

Le travail des Oeuvres Isidore-Ostiguy

OPINION / L’Outaouais a subi sur trois ans, trois vagues de catastrophes naturelles. Celles-ci ont laissé nombres de Gatinois sans logis. Pour certains autres, leur habitat a été terriblement dégradé.

Les associations dont les Œuvres Isidore-Ostiguy (OIO) sont intervenues sur le terrain au plus près des ménages. Suite aux tornades de 2018, 192 ménages ont fait appel aux OIO qui dans le cadre d’un partenariat indispensable à l’accompagnement individualisé ont travaillé avec la Croix-Rouge, Entraide Familiale de l’Outaouais, la Société Saint-Vincent de Paul, les Grands frères Grandes Sœurs de l’Outaouais, Moisson Outaouais et le Service d’aide à la recherche de logement. Pour être efficient, le travail d’accompagnement personnalisé doit toujours être réalisé dans un cadre pluridisciplinaire. 

Durant tout ce temps, des liens se sont créés entre l’intervenante et les personnes sinistrées. À tel point que plusieurs mois plus tard alors qu’ils sont relogés adéquatement, ces personnes restent en contact. Actuellement, l’OIO intervient auprès des familles victimes des dernières inondations. Parfois celles-ci ont aussi été victimes des tornades. Les Œuvres leurs offrent un soutien comportant plusieurs options leurs laissant ainsi le choix correspondant à leurs besoins. Chaque individu bénéficie d’une écoute active et d’une aide faisant une large part à l’autonomie de la personne dans le respect de sa dignité.

Parmi les nombreux succès, les Œuvres ont accompagné Mme A. souffrant de troubles comportementaux rendant difficile les échanges interpersonnels ayant comme conséquence un rejet généralisé. Malgré les nombreux assauts subis par les intervenants, ils ne l’ont jamais abandonnée. Grâce à l’accompagnement de qualité et individualisé de l’OIO, au bout de 10 mois, Mme A. a obtenu un logement permanent à prix modique. 

L’OIO a rencontré sur son chemin M. B., en itinérance de longue date correspondant au stéréotype que l’on s’en fait. Cette personne gentille, s’exprimant bien, serviable, n’arrivait même pas à trouver un logement subventionné «Stabilité résidentielle avec accompagnement». Avec le savoir-faire et savoir être des intervenants de l’OIO, M. B. a finalement obtenu un toit. En fait, l’OIO a servi d’intermédiaire avec un propriétaire qui ne comprenait pas le fonctionnement du programme Stabilité résidentielle avec accompagnement (SRA). 

Aussi, l’OIO a rencontré Mme C, réfugiée du Congo, ne parlant aucune des deux langues officielles du Canada qui est arrivée à Gatineau comme sur la planète Mars. Récipiendaire d’un logement de dépannage aux Œuvres, elle a pu bénéficier d’éducation à la vie quotidienne (épicerie, utilisation de l’électroménager…) par l’intervenante OIO et de cours de francisation à l’extérieur. À ce jour, le processus du passage de réfugiée évolue vers une intégration réussie. Son large sourire en est le témoin. 

M. D. a subi un incendie puis vécu un divorce à la suite de la perte de son emploi pendant les tornades de 2018. Il a tenté à plusieurs reprises de mettre fin à ses jours. Avec l’accompagnement des Œuvres, M. D. intègre un logement SRA début juin. Les Œuvres ont non seulement été présentes pour lui mais aussi pour ses parents forts inquiets de sa situation. L’accompagnement se poursuivra au-delà de l’entrée dans son logement. 

M. E. a pu, grâce aux Œuvres, intégrer un logement renforçant son réseau social. Il a pu diminuer ses dépenses liées aux déplacements, a bénéficié des activités de son nouveau milieu et a mis fin à sa consommation d’alcool. 

Il y a bien d’autres histoires que les Œuvres peuvent vous conter. L’ensemble de ce travail se situe dans une sphère bipartite. En effet, les Œuvres travaillent avec et non pas à la place de la personne. 

Il existe malheureusement des cas qui mènent les intervenants des Œuvres jusqu’à leurs limites ce qui conduit à un échec. Ils ne peuvent pas plus que ce que la personne permet. À cela s’ajoutent les limites institutionnelles. La forte crise du logement, les difficultés d’avoir un partenariat spécialisé, sont autant de grains de sable grippant les rouages de l’accès au logement. Les Œuvres Isidore Ostiguy apportent de la fluidité au système en dénouant les pièges administratifs de façon continue et à long terme par un savoir-faire et un militantisme dynamique. Car la mission des Œuvres est non seulement de se porter au secours des familles en difficulté de logement ou à risque de l’être mais aussi de rendre visible et audible le différentiel entre le droit au logement définie par l’Organisation des Nations-Unies contenu dans l’article 11 du Pacte international relatif aux droits économiques, sociaux et culturels de 1966 et la réalité.

Les auteures sont Evelyne Martinez, directrice générale des Œuvres Isidore-Ostiguy ; Anne Pelletier, responsable à l’accueil et Cindy Ringuette, intervenante.