Le réchauffement climatique est une situation d’urgence mondiale qui touche la santé.

Le réchauffement climatique, une situation d’urgence mondiale touchant la santé

Après 90 décès liés à la chaleur de l’été dernier au Québec, la sécheresse dans les Prairies qui a détruit des récoltes et de vastes étendues de l’Ouest canadien et de l’Ontario ravagées par des incendies de forêt et recouvertes de fumée, de nombreux experts mondiaux se sont réunis à San Francisco pour le Forum mondial sur le climat et la santé pour discuter des conséquences du changement climatique sur la santé. L’appel à l’action qui a été lancé est clair : le réchauffement climatique constitue une situation d’urgence mondiale touchant la santé.

Selon l’Organisation mondiale de la santé, le « changement climatique représente la plus grande menace pour la santé dans le monde au XXIe siècle », et l’appel à l’action fait valoir que bon nombre des politiques qui nous rapprochent de nos nos objectifs sur le plan du climat procurent des avantages démontrables et significatifs pour la santé. C’est une bonne nouvelle.

Malheureusement, pour une action sur le climat, nous ratons de belles occasions sur le plan de la santé.

Par exemple, le gouvernement fédéral canadien s’est engagé, à hauteur de 35 millions $, à soutenir la santé socio-économique des travailleurs du secteur du charbon en les aidant à faire la transition vers des emplois dans des secteurs produisant de faibles émissions de carbone, tout en investissant des milliards de dollars pour l’achat d’un oléoduc transportant jusqu’à la côte pacifique du bitume dilué hautement inflammable, extrait des sables de l’Alberta, sans évaluer de manière adéquate ses répercussions sur la santé locale et mondiale.

Nos gouvernements doivent investir dans des solutions et non dans les causes du changement climatique. C’est essentiel, comme l’indique clairement le Rapport spécial du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) sur les conséquences d’un réchauffement planétaire de 1,5 °C, publié le mois dernier.

Les responsables de la santé participant au Forum mondial sur le climat ont également adressé une lettre ouverte au premier ministre Justin Trudeau pour lui demander de soumettre le nouvel oléoduc Trans Mountain à une évaluation indépendante pour mesurer ses répercussions sur la santé. Cette lettre a été signée par plus de 200 médecins, infirmières et professionnels de la santé du Canada et du monde entier.

On y souligne que le processus de l’Office national de l’énergie (ONE) était lacunaire, ce qui a entraîné une évaluation inadéquate des répercussions sur la santé. On mentionne également que le Canada fait une erreur en construisant de nouvelles grandes infrastructures pour les combustibles fossiles qui contribueront aux émissions de carbone au cours des prochaines décennies, avec des conséquences potentiellement graves sur la santé humaine à l’échelle mondiale. Les décès et les maladies dus à la chaleur, aux tempêtes, aux incendies de forêt, aux inondations, aux pénuries de nourriture, aux migrations forcées et aux conflits connexes comptent parmi les dangers les plus graves observés.

L’évaluation de l’ONE n’a envisagé que le scénario d’une marée noire, loin des centres de population, malgré les dangers d’une multiplication par sept du nombre de pétroliers traversant le port animé de Vancouver. La lettre appelle à une étude des effets sur la santé d’un grave déversement qui pourrait survenir dans cette région métropolitaine. On devrait par exemple envisager un grand déversement de pétrolier près de la côte et dans des conditions de mauvaise qualité de l’air et de température élevée, facteurs que l’on enregistre depuis plusieurs étés.

La lettre souligne également que l’ONE n’a pas suffisamment pris en compte les risques potentiels pour la santé liés au benzène, un puissant agent cancérigène responsable de la leucémie chez les enfants.

Plus particulièrement, on a omis d’évaluer l’impact du projet sur la crise sanitaire mondiale liée au réchauffement climatique. Ni le processus de révision de l’Office, jugé inadéquat dans la décision de la Cour d’appel fédérale, ni le groupe d’experts ministériel sur l’agrandissement du réseau de Trans Mountain n’ont examiné les effets à long terme, locaux et mondiaux sur la santé des émissions de gaz à effet de serre. Les émissions ont été prises en compte uniquement à l’aide de facteurs économiques à somme nulle, c’est-à-dire, avec la présomption que si le produit n’est pas expédié facilement par ce pipeline, il sera commercialisé d’une autre manière, une omission incroyable.

Enfin, les impacts sur la santé des populations autochtones, qui sont souvent les plus touchées par la contamination de l’environnement en raison de leurs liens étroits avec la terre, doivent également être pris en compte. Dans la décision de la cour, on a fait remarquer que la consultation des communautés autochtones était insuffisante.

Selon les meilleures sources, la trajectoire actuelle des émissions dans le monde entraînera probablement un réchauffement de 2,6 à 4,8 °C en 2100, bien au-dessus de l’objectif de 1,5 °C que le Canada a défendu dans le cadre de l’Accord de Paris.

Nous devons changer le cours des choses.

À l’avenir, toute évaluation des risques d’un projet d’énergie fossile doit prendre en compte les impacts cumulatifs sur la santé.

Un obstacle majeur pour l’avenir cependant : le gouvernement du Canada est maintenant propriétaire de l’oléoduc et il est, de toute évidence, en conflit d’intérêts lorsqu’il s’agit de juger des impacts négatifs du projet. Les instances gouvernementales semblent bien concernées par la protection de l’investissement de plusieurs milliards de dollars. Pour cette raison, l’évaluation des répercussions de l’oléoduc sur la santé doit être totalement indépendante.

Nous devons créer des pratiques optimales, conformes à notre vision commune de la santé des personnes et de la planète, à commencer par une évaluation rigoureuse et indépendante des incidences sur la santé de l’oléoduc Trans Mountain.

Les auteurs du texte est Tim K. Takaro, vice-doyen à la recherche et professeur à la faculté des sciences de la santé de l'Université Simon Fraser et Jennifer Miller, directrice générale de Global Climate and Health Alliance.