Le racisme n’a pas sa place à l’Université d’Ottawa

À vous la parole
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Le Droit
OPINION / Des événements récents à l’Université d’Ottawa ont ouvert le débat, à la fois sur le campus et ailleurs, sur deux principes qui nous tiennent à cœur. Laissez-moi vous dire d’entrée de jeu que le racisme n’a pas sa place à l’Université d’Ottawa. La liberté universitaire et le droit de toute personne à la dignité et au respect ne sont pas incompatibles, au contraire. Ces deux principes ne devraient jamais être en opposition.

Bien que nous soyons 50 000 personnes, nous sommes une seule et même communauté. Une communauté accueillante, qui est totalement opposée à toutes formes de racisme, de harcèlement, d’insultes raciales et de discrimination, et qui les dénonce vivement. Il est essentiel que toutes les personnes qui fréquentent notre campus se sentent en sécurité et fassent preuve de respect les unes envers les autres.

Les mots sont importants. Le mot au cœur du présent débat est accompagné d’une charge sémantique, historique et connotative qui en fait tout simplement l’un des vocables les plus grossiers et les moins acceptables des langues anglaise et française.

Personnellement, j’abhorre les insultes et le ton méprisant avec lequel certaines personnes ont choisi de s’exprimer. Toutefois, ce n’est certainement pas le rôle d’une université que de tenter de dicter aux gens ce qu’ils doivent ou non ressentir ou de chercher à modérer le débat. Mais c’est notre rôle d’affirmer qu’en tant que membres d’une communauté vaste et diversifiée, nous avons l’obligation mutuelle d’offrir un environnement sain et sécuritaire pour toutes et tous, même lorsque les enjeux sont délicats ou difficiles à aborder.

La lutte contre le racisme demeure une priorité absolue pour l’Université. Nous travaillons à mettre en place des mesures de lutte contre le racisme depuis plus d’un an, et nous avons fait des progrès en ce sens. Toutefois, cela est loin d’être suffisant. Ensemble, nous pouvons changer les choses. Nous pouvons faire mieux et nous ferons les changements nécessaires pour transformer nos efforts en actions.

La liberté universitaire constitue la valeur la plus fondamentale de toute université. Elle est cette valeur absolue et essentielle qui nous unit et qui nous permet d’accomplir pleinement notre mission première : celle d’éduquer et de faire de la recherche. Elle doit être protégée et sans cesse renforcée.

Cette liberté universitaire doit être exercée de façon respectueuse et en favorisant un environnement d’apprentissage sain. Il y a un vaste consensus au sein des membres de notre communauté, tout comme parmi l’ensemble des universités canadiennes, selon lequel le milieu d’enseignement et d’apprentissage doit être sécuritaire et favoriser le respect, la liberté intellectuelle, la liberté de recherche et la pensée critique. Ces valeurs sont au cœur de notre mission universitaire et nous devons constamment les défendre avec ardeur.

Bien que l’Université reconnaisse le droit, voire le devoir des universitaires d’aborder et d’explorer des sujets sensibles, nous avons la responsabilité de le faire sans causer de préjudice. Tout comportement inapproprié ne sera pas toléré à l’Université d’Ottawa.

Les discussions de la dernière semaine présentent d’énormes défis. Elles soulèvent de vives émotions. Nous sommes très conscients que certaines des paroles qui ont été prononcées ont blessé bien des membres de notre communauté.

Nous sommes inquiets du fait que certaines personnes ont peut-être, en cours de route, perdu de vue le besoin fondamental et essentiel pour toutes et tous de se sentir en sécurité dans leur milieu d’apprentissage.

Il est de notre devoir, en tant que société, de veiller à la sécurité les uns des autres, même si nous sommes en désaccord. Les sentiments de colère et de peine exprimés par diverses personnes et divers groupes sont sincères et profonds.

Il faut comprendre ces sentiments et les respecter.

Nous sommes sûrs qu’au cours des jours et semaines qui viennent, nous parviendrons à convenir de la marche à suivre pour que notre communauté sorte plus forte de cette crise et nous assurer que la dignité individuelle et la liberté universitaire demeurent nos valeurs fondamentales.

L'auteur est Jacques Frémont, recteur et vice-chancelier de l'Université d'Ottawa