Le Québec a mal à ses enfants, il faut agir et vite!

La tragédie de la petite Alicia*, à Granby, a eu l’effet d’un électrochoc sur le Québec tout entier. Pendant plusieurs jours, la population a vu la misère, la négligence, la douleur et la terrible violence auxquelles sont exposés les plus vulnérables de notre société: nos enfants!

Nous avons poussé des hauts cris, beaucoup ont d’abord cherché des coupables, des boucs émissaires, pour finalement s’apercevoir que le système de protection de la jeunesse au Québec est profondément en crise. Une crise qui nécessite un coup de barre énergique.

Soyons clairs: les conditions qui ont engendré le drame de Granby sont toujours là, bien en place, au lendemain des funérailles d’Alicia. Ce qui s’est produit lors de cette fatidique soirée, durant laquelle cette enfant a été molestée jusqu’à ce que son corps n’en puisse plus, peut arriver de nouveau ce soir, demain, dans une semaine. Le compte à rebours est déjà en marche.

Notre syndicat, qui représente la très grande majorité des intervenants qui travaillent dans les DPJ et les centres jeunesse de partout au Québec, tenait hier une large assemblée de ses délégués. J’y ai entendu des histoires d’horreur! Des larmes ont été versées, la détresse profonde et le désarroi de nos membres sont palpables.

Carolle Dubé, présidente, Alliance du personnel professionnel et technique de la santé et des services sociaux

Il y a eu cet intervenant qui a raconté l’histoire poignante de ce bébé secoué. Qui n’est pas mort, non. Mais qui gardera à vie des séquelles profondes de ce mauvais traitement. Il y a cet autre intervenant qui a «décroché» (ce sont ses mots), par deux fois, des adolescents désespérés qui se sont suicidés. Deux fois!

Tous ces exemples témoignent de cette crise profonde dont je parlais plus haut. Une crise que dénoncent depuis des années nos intervenants à la DPJ. J’avais même prévenu qu’un tel drame nous guettait, dans une récente réaction au dernier budget provincial, prenant encore une fois fait et cause pour les plus vulnérables.

Tous ces appels à l’aide sont demeurés sans réponse. Ignorés pendant des années par un ancien ministre de la Santé et des Services sociaux qui a rompu tout dialogue. Ou bien passés dans la moulinette des «méthodes de gestion trop rigides [ou de] la lourdeur administrative», que le premier ministre Legault a lui-même dénoncées dans son discours inaugural. Qu’en sera-t-il à présent?

Lionel Carmant, ministre responsable des Services sociaux, a déclaré qu’il «était en action et qu’il poserait les gestes nécessaires». On attend de voir. De son côté, le premier ministre Legault a proposé de tenir une commission non partisane pour revoir la mission de la DPJ en général. Ce sont des intentions louables. Il presse cependant que ces messieurs posent rapidement des gestes significatifs, témoignant d’une réelle prise en charge de la situation.

Il n’est plus question ici de politique, de partisanerie ou de groupes d’intérêt, il est question d’humanité. Forte de son expertise et de celle de ses intervenants de première ligne (eux qui connaissent le mieux le «terrain»), l’APTS tend la main au ministre Carmant pour rétablir le dialogue et mettre sur pied un comité de travail conjoint afin de juguler la crise. Nous sommes prêts à nous mettre à l’ouvrage. Dès maintenant.

S’il est une chose que nous devons à la mémoire d‘Alicia, c’est de changer les choses. Rapidement. Sinon le Québec aura encore longtemps mal à ses enfants.

* Nom fictif