Les dossiers sont nombreux et les besoins sont urgents, à commencer par ceux des 244 120 ménages locataires qui, selon les données du dernier recensement, ont des besoins impérieux de logement.

Le Québec a besoin d’un ministère de l’Habitation…

OPINION / Le gouvernement sortant comptait depuis un an une ministre responsable de la Protection des consommateurs et de l’Habitation, faisant en sorte que le logement ne dépende plus d’un autre ministère, pour la première fois depuis 1985. Alors que François Legault formera la semaine prochaine son conseil des ministres, nous lui demandons de reconnaître l’importance et la portée du logement dans les conditions de vie de la population et de maintenir, conséquemment, ce poste au sein de son cabinet.

Les dossiers sont nombreux et les besoins sont urgents, à commencer par ceux des 244 120 ménages locataires qui, selon les données du dernier recensement, ont des besoins impérieux de logement. Parmi ceux-ci, 103 835 consacrent plus de la moitié de leur revenu pour payer le loyer, bien au-dessus de la norme établie de 30 %.

Derrière ces gros chiffres se cachent des personnes qui vivent dans des logements insalubres qui les rendent malade, qui doivent couper dans l’épicerie et le transport pour payer le loyer qui doivent quitter leurs quartiers en gentrification devenus inabordables, des personnes aînées qui ne peuvent plus demeurer dans leurs milieux, de celles en situation d’handicap qui se sentent prisonnières de leur logement non accessible ou d’un CHSLD faute de logement adaptés à leur condition, des femmes qui vivent dans l’insécurité, des familles qui s’entassent dans des logements trop petits en raison de la rareté des logements familiaux abordables, etc. Pour « améliorer le niveau de vie des familles » comme le nouveau gouvernement l’a promis, il faut s’occuper de leurs problèmes de logement, d’autant que ceux-ci peuvent avoir des conséquences désastreuses sur la santé et l’éducation, deux de ses trois enjeux prioritaires.

À l’heure actuelle, le logement social est la seule solution durable aux problèmes des locataires à faible et à modeste revenus. Or, il en manque cruellement dans toutes les régions, autant en milieu rural qu’urbain.

Nous avons pu le constater encore une fois lors de la grande marche de 560 km entre Ottawa et Québec, que nous avons tenu le mois dernier. Non seulement le logement social assure des conditions de logement convenables, à des loyers respectant la capacité de payer des ménages qui les habitent, mais également une sécurité d’occupation. Que ce soit sous forme de coopératives, d’organismes sans but lucratif (OSBL) d’habitation ou d’habitations à loyer modique (HLM), ces logements sont les seuls qui ne sont pas soumis à la logique du marché et sur lesquels personne ne fait de profit. Or, ils représentent à peine 11 % du parc de logements locatifs au Québec. C’est ce qui fait que même un comité de l’ONU parle d’une pénurie de logements sociaux.

En campagne électorale, la Coalition avenir Québec a pris l’engagement de livrer pendant le présent mandat les 12 500 logements sociaux déjà annoncés par le gouvernement antérieur mais pas encore réalisés. Pour concrétiser cet engagement dans les délais promis, il doit procéder sans plus attendre aux améliorations requises du programme AccèsLogis, ce qui n’a pas été fait depuis bientôt 10 ans. S’il est sérieux, sa mise à jour économique et financière de l’automne doit confirmer dès lors les investissements nécessaires pour que les communautés réalisent enfin leurs projets d’habitation sociale.

Cependant, cette seule réforme d’AccèsLogis ne sera pas suffisante.

Afin de permettre aux logements sociaux de se réaliser plus rapidement et de faciliter leur développement sous forme d’achat-rénovation d’immeubles existants – une urgence compte tenu de l’état lamentable d’une grande partie du parc locatif – il faut cesser de mettre le logement social dans la balance des choix budgétaires annuels. Il faut relancer sans attendre un plan pluriannuel de développement du logement social pour mettre fin, une bonne fois pour toute, aux nombreux dénis du droit au logement, et ce, en réinvestissant avec ambition.

Québec n’a d’ailleurs jamais été en aussi bonne posture pour le faire. Les négociations amorcées avec le fédéral sur sa Stratégie canadienne sur le logement offrent en ce sens une opportunité à ne pas échapper. Cette Stratégie met à disposition des sommes fédérales comme on n’en avait pas vues depuis des décennies. Le nouveau ou la nouvelle ministre de l’habitation devra aller chercher la juste part du Québec et les investir dans le logement social.

Bien d’autres dossiers « logement » attendent le nouveau gouvernement au tournant. Si Québec veut continuer à faire mieux en matière de logement, il ne doit plus attendre pour reconnaître formellement le droit au logement, comme Ottawa pourrait le faire dans les prochains mois. Pour s’attaquer au problème grandissant de l’insalubrité et mettre un frein aux hausses abusives de loyers, Québec doit également instaurer un code provincial du logement et un contrôle obligatoire des loyers.

À bien y penser, pour mener à bien tous ces dossiers, un poste de ministre responsable n’est pas suffisant. Il faut qu’un portefeuille vienne avec et donc créer un ministère responsable de l’Habitation. Une chose est certaine, le Québec a amplement les moyens de garnir ce portefeuille, et pas seulement en allant chercher les sommes attendues du fédéral. Non seulement l’État québécois engrange des surplus budgétaires importants, mais il pourrait aller chercher plusieurs milliards de dollars supplémentaires en adoptant quelques mesures fiscales plus progressives, en contrôlant par exemple davantage le coût des médicaments et en luttant plus efficacement contre l’évasion et l’évitement fiscal.

Ce n’est pas le manque d’argent qui empêche l’amélioration des conditions désastreuses de logement dans lesquelles vivent des milliers de personnes, mais le manque de volonté politique. Alors que la CAQ affirme manquer d’information au sujet des conditions de logement des ménages locataires québécois, la personne qui héritera de cette responsabilité pourra compter sur le FRAPRU pour la lui fournir, ainsi que des pistes de solutions afin de régler les problèmes de logement les plus graves dans un horizon raisonnable. À la lumière de ces informations, nous espérons que le gouvernement Legault marquera enfin un changement pour les personnes mal-logées, trop longtemps ignorées, et qu’il donnera un réel coup de barre pour répondre aux besoins les plus criants.

L'auteure est Véronique Laflamme, Porte-parole du Front d’action populaire en réaménagement urbain (FRAPRU).