Julius Grey

Le projet de loi 21, simple bon sens

OPINION / L’émission « Tout le monde en parle » a abordé dimanche, le 7 mars, la question de la loi 21 sur les signes religieux. L’avocat Julius Grey y jugeait cette loi inutile parce que, selon lui, elle ne répondait à aucun besoin. Personne ne semblait capable de lui répondre sur quelque chose qui tient du sens commun. Comme la fonction intellectuelle est déficiente au Québec!

Il était facile de lui répondre que toute personne qui occupe un poste payé à même les deniers publics ne peut pas se servir de cette tribune publique pour faire valoir ses convictions personnelles, qu’elles soient religieuses, politiques ou autres. On demande d’un fonctionnaire public la discrétion, la neutralité, l’objectivité dans son travail.

Quand j’étais fonctionnaire du gouvernement fédéral, je ne pouvais pas exprimer mes opinions religieuses ou politiques et je n’affichais pas de signes religieux ou politiques qui auraient fait parade de mes convictions personnelles. Je n’étais pas là pour moi-même, j’étais là pour servir une administration et un public et j’étais payé pour ça. Même aujourd’hui, quand je fais du bénévolat dans un CHSLD, je ne porte pas de croix qui manifesterait mes croyances religieuses. Pourquoi? Parce que je ne suis pas là pour servir ma personne mais pour servir des gens malades qui ont besoin d’une présence attentive; je m’efface devant leurs besoins. J’ai gardé ma discrétion de fonctionnaire.

M. Grey a laissé entendre que la loi pouvait avoir un effet pervers et censurer le port de signes religieux sur la place publique. J’imagine que c’est l’extension douteuse, démagogique que les opposants donneront au projet de loi 21; ils essaieront de faire croire que cette loi est extrémiste parce qu’elle règlemente les espaces publics. Le projet de loi 21 ne régit ni le temps, ni l’espace ni les convictions personnelles; elle ne touche pas à la liberté déployée sur la place publique, et Dieu sait que cette liberté est multiple et bigarrée; les gens ne se privent pas pour l’occuper.

Non, ce projet de loi répond au simple bon sens.

Cependant, comme tous les invités à ce panel dimanche, j’aurais laissé le crucifix à sa place traditionnelle. Il est bien plus que l’image d’un homme sur une croix, il symbolise la lutte d’un peuple, menée à l’ombre du clocher, pour survivre. Ce n’est pas la religion qui est en cause ici, c’est notre histoire.

Pierre Bourret, Gatineau