La pensée sociale de Mgr Proulx dépasse les frontières de l’Église catholique et interpelle toute personne de bonne volonté, y compris bien sûr les responsables économiques et politiques.

Le message actuel de Mgr Proulx

L’année 2017 marque le 30e anniversaire du décès du deuxième évêque de Hull (aujourd’hui Archidiocèse de Gatineau), Mgr Adolphe Proulx, surnommé par plusieurs l’évêque des pauvres et des sans-voix. Pourquoi est-il pertinent de souligner cet anniversaire ? Parce que son message est d’une grande actualité dans notre société d’abondance où les exclus sont, sans contredit, encore trop nombreux. Car il est important pour une société qui se veut plus humaine de ne jamais se désintéresser du sort des laissés-pour-compte.

Ses origines ne sont pas sans intérêt pour comprendre son orientation pastorale ultérieure. La maison Novalis avait rappelé, dans un livre de 1988, sa naissance en 1927 à Hanmer (aujourd’hui Val-Thérèse), dans la région de Sudbury. Très vite il a été exposé à la misère et à la condition ouvrière. Étudiant, il s’est fait mineur pour payer ses études. Il y découvre le sens et la pleine portée du mot « solidaire ».

Sa vocation sacerdotale se précise peu à peu. Il entre au St. Augustine’s Seminary de Toronto et il est ordonné prêtre à North Bay en 1954. Il assumera ensuite diverses charges pastorales comme vicaire ou curé dans le Nord de l’Ontario, puis il entre dans la curie du diocèse de Sault-Ste-Marie. Il accède à l’épiscopat en 1965 en tant qu’évêque auxiliaire de ce même diocèse. En 1967, il accepte le poste d’évêque pour le diocèse d’Alexandria. Nommé évêque de l’Église de Gatineau-Hull le 30 mars 1974, il décède subitement le 22 juillet 1987 alors qu’il est toujours en fonction.

Son parcours d’évêque est bien caractéristique de son orientation de base en faveur des exclus. Pendant toutes ces années, il n’a de cesse de mettre en pratique « l’option préférientelle pour les pauvres » en prenant fait et cause pour les démunis d’ici et d’ailleurs.

Mais qu’est-ce qu’une société juste et solidaire pour Mgr Proulx ? C’est d’abord une société qui repose sur le respect de la dignité de la personne dans son intégralité. Il tirait la substance de ses interventions d’une vision très nette de ce que devrait être une société qui accorde aux personnes la première place. Dans cette perspective, il adopte parmi ses principes de base la solidarité avec les démunis et les victimes de toutes sortes ainsi que le respect de la dignité de la personne dans toutes ses dimensions, personnelle, sociale et économique. C’est pourquoi il s’est intéressé avec tant d’insistance aux personnes âgées et aux malades, aux jeunes, à toutes les victimes des crises économiques, aux réfugiés, aux itinérants, aux familles et aux femmes en particulier.

Il manifestait sa solidarité envers toutes les victimes, sans oublier celles des sociétés oppressives marquées par l’injustice sociale à l’interne et dans les rapports sociaux et économiques internationaux. Il fut un grand défenseur des droits de la personne, ici et ailleurs. Il était de toutes les tribunes pour appuyer la paix et le désarmement, comme la campagne Un F-18 pour la paix, en 1985. Rappel à nos gouvernements et communautés de ne jamais oublier dans leurs revendications et leurs actions les sans-voix et les négligés de ce monde, mais aussi les gens « ordinaires » qui n’ont pas toujours l’oreille de nos dirigeants !

Ses interventions n’ont pas toujours fait l’unanimité. Il a été critiqué par des politiciens qui l’accusent de se mêler de ce qui ne le regarde pas, comme au moment de la crise économique de 1982-83. Mais pour lui, « si Dieu veut la vie, il veut les conditions nécessaires à la vie » : il est du devoir du pasteur de s’occuper des problèmes sociaux et économiques qui menacent la dignité des personnes les plus vulnérables.

Sa pensée sociale dépasse les frontières de l’Église catholique et interpelle toute personne de bonne volonté, y compris bien sûr les responsables économiques et politiques. Tous peuvent s’inspirer de lui et de sa pensée sociale axée sur la solidarité et la justice. À l’approche de la période des Fêtes, voilà un message porteur d’espoir pour tous et toujours aussi pertinent pour un véritable progrès de notre société et du monde actuel !

L'auteur du texte est Daniel Guérin d'Aylmer