La Maison du Citoyen, à Gatineau

Le maire fait fausse route et la VG n’a pas été à la hauteur

OPINION / Quand le conseil municipal fait cause commune avec la direction générale de la Ville de Gatineau pour demander un audit de conformité du Bureau de l’ombudsman (BOG), l’objectif des élus et bureaucrates est clair: ils suggèrent avec force que le Bureau de l’ombudsman prend trop de place, et que ce chien de garde, défenseur du citoyen, interprète abusivement son mandat. Les élus et les bureaucrates veulent qu’on raccourcisse sa laisse.

Demander à la Vérificatrice générale, dont la compétence est financière, de juger le travail d’un autre agent de la même ville qui est un producteur de gouvernance, est risqué. D’abord, il n’est pas certain que la Vérificatrice, experte comptable, ait la compétence pour évaluer ce travail de gouvernance. Ensuite, il n’est pas du tout certain qu’elle ait l’indépendance nécessaire pour évaluer proprement cette commande de ses patrons (élus et bureaucrates). Il aurait été plus prudent que l’on confie cette tâche à un expert en gouvernance. Or ce qu’on pouvait raisonnablement craindre est arrivé : un rapport intégriste dans la définition de son mandat, et imprudent au plus haut point dans ses conclusions.

Ce qui est central dans le rôle de l’ombuds est qu’il s’agit d’un processus indépendant, accessible, informel, peu coûteux et rapide qui, compte tenu de son pouvoir d’enquête, fournit une protection au citoyen face aux multiples façons dont les élus et les bureaucrates peuvent en abuser. Or la façon de jauger la performance du BOG laisse le lecteur mal à l’aise : après quelques statistiques qui montrent que le BOG règle « prestement » les centaines de cas qu’il traite par année, la Vérificatrice note les «vives réactions de la part de la direction générale et du conseil municipal au processus d’intervention du Bureau ». Et comme pour donner sa caution à ces vives réactions, elle ajoute que ses relations avec le Bureau l’ont amenée (elle et son personnel) « à nous questionner sur la compétence du Bureau de l’ombudsman de Gatineau à démontrer une attitude courtoise favorisant la résolution de problèmes et à bien servir les citoyens ». Il faut beaucoup de culot pour réclamer de la courtoisie à la lecture d’un rapport aussi biaisé!

On peut se demander comment ce supposé rapport peut être considéré comme indépendant et crédible par ceux qui l’ont commandé et comment le conseil de ville va se sentir à l’aise de recevoir ce rapport sans se pincer le nez? Il se peut que le BOG soit déficient, mais la Vérificatrice n’en a pas fait la démonstration. La seule démonstration qu’elle a faite est celle que ses « généralisations » semblent bien plus outrancières que celles qu’elle reproche au Bureau de l’Ombuds.

Tout cela ressemble étrangement à l’expérience nauséabonde de l’ex-ombudsman de l’Ontario, André Marin. Malgré la grande satisfaction des citoyens, les politiciens et les bureaucrates ont pu orchestrer une vendetta pour avoir sa peau. En Ontario, cela s’est soldé par un déficit de protection du citoyen. Est-ce vraiment ce que l’on veut aussi à Gatineau?

Gilles Paquet,

L’auteur est professeur émérite à l’École de Gestion Telfer et animateur de La Maison Gouvernance de l’Université d’Ottawa