L'auteur du texte propose de remplacer la commémoration fédérale viciée du 28 juillet par un « Jour du Souvenir acadien ».

Le lourd souvenir du 28 juillet...

Chaque 28 juillet depuis 2005, le ministère du Patrimoine canadien, en collusion avec des ferrures dorées de l’élite acadienne, honore le début de la Déportation à titre de Journée de commémoration du « Grand Dérangement » (sic), le terme qui édulcore ce qui constitue un véritable génocide!

Problème! Les Acadiens n’ont pas le choix de remémorer la fin officielle de leur génocide parce que leur statut d’exilés, de rebelles ou de sédicieux n’a jamais été abrogé par la Couronne britannique donc pas question de parler de date qui marquerait la fin officielle de tant de souffrances humaines qui ont été causées à l’endroit des Acadiens dont la mémoire demeure encore aujourd’hui hantée.

Je propose ainsi de remplacer la commémoration fédérale viciée du 28 juillet par un « Jour du Souvenir acadien ».

Il faut que soit abolie la Journée de commémoration du calendrier, journée fomentée par Patrimoine canadien qui est, comme le disait l’Acadien québécois Stéphane Bergeron « une bouillabaisse insipide, incolore et inodore de bonnes intentions enrobées dans l’euphémisme dudit Grand Dérangement ». Les ultimes responsables de ce plus grand subterfuge canadien à l’endroit des Acadiens sont l’ancien premier ministre Jean Chrétien, Stéphane Dion, l’actuel ambassadeur canadien en Allemagne, Sheila Copps, alors à Patrimoine canadien mais plus significativement la députation libérale fédérale « acadienne » de l’époque dont Dominic LeBlanc, actuel ministre des Affaires intergouvernementales et du Nord et du Commerce intérieur.

Le 28 juillet 1755 est la date précise du dépôt du renvoi judiciaire de Jonathan Belcher, juge en chef et membre du gouvernement de la Nouvelle-Écosse. Des raisons purement politiques jugées de nécessité impérieuse - qui est la loi du moment - de protéger les intérêts de Sa Majesté dans la province, « obligeaient» le juge en chef Belcher de conseiller humblement la « déportation » de tous les habitants français. Qui plus est, le 28 juillet 1755, en présence à Halifax des représentants de Sa Majesté britannique George II, est la date précise qu’on met en branle les mesures à prendre pour la Déportation ainsi que les lieux où « distribuer » les Acadiens, étant donné que la décision de déporter avait déjà été déterminée d’avance.

C’est cette date fatidique que Patrimoine canadien a ciblée par le biais de la Proclamation royale de 2003, pour que les Acadiens commémorent annuellement leur génocide. Au bas mot, cette proclamation royale « canadienne » relève d’un nation-building fdéral des plus insidieux et étranglants pour exonérer l’institution de la monarchie d’origine allemande qui règne séparément au Royaume-Uni et au Canada. Plus probant encore, cette date commémore les « hautes oeuvres » du génocide acadien, en premières lignes celles du sanguinaire Robert Monckton. Comment les Acadiens peuvent-ils accepter que l’université francophone cosmopolite qui forme leur jeunesse porte le nom de ce criminel de guerre camouflé sous la graphie de « Moncton »? 

Le 13 décembre 1755 est la date précise de la journée la plus meurtrière des huit années du Grand Dérangement (1755-1762). Cette plus grande perte de vies a eu lieu lors de la noyade de presque 400 Acadiens à bord du Duke William, le pire d’un convoi de trois naufrages totalisant plus de 850 noyés survenus en cinq jours en décembre 1758. Ces naufrages ont coûté aux Acadiens plus de vies que n’importe quel autre événement du Grand Dérangement. La plupart de ceux-ci étaient des enfants dont l’âge moyen était d’environ 15 ans.

Il s’avère que des recueillements en commémoration de cette journée la plus meurtrière du génocide acadien ont déjà et continuent à être observés depuis que Stephen White, généalogiste au Centre d’études acadiennes Anselme-Chiasson de l’Université de Moncton, avait proposé en octobre 2000, lors du congrès de la Fédération des Associations de familles acadiennes (FAFA) : Que le 13 décembre soit désigné comme le Jour du Souvenir acadien ! 

Cette proposition a fait du chemin depuis le 13 décembre 2004 à la chapelle Notre-Dame d’Acadie, au campus de l’Université de Moncton. S’ensuivirent des commémorations à Dieppe (2007), Memramcook (2009) et annuellement depuis 2008 à Port-Lajoie (en face de Charlottetown, Î.-P.-É). 

Maintenant que des Acadiens ont pertinemment mis en branle leur propre Jour du Souvenir bien à eux, pourquoi Patrimoine canadien et le Parti libéral persisteraient-ils à faire perdurer leur « Journée de commémoration du Grand Dérangement » sinon que pour rappeler annuellement les hautes œuvres infâmes du génocide acadien qui furent mises en branle dès le 28 juillet 1755? 

De quel droit peut-on s’approprier le vécu transgénérationnel du peuple acadien pour lequel la famille royale britannique et son gouvernement de l’époque ont contemplé une « solution finale » ?

De quel droit moral aujourd’hui le gouvernement libéral de Justin Trudeau utilise à tout bout de champ l’arme du sournois multiculturalisme canadien pour faire croire aux Acadiens, à chaque 28 juillet, que la reine d’Angleterre s’est excusée pour les torts à leur endroit alors que c’est tout le contraire.

Pourtant ce peuple acadien est un des peuples fondateurs du Canada et non de l’immigration comme le préconise l’argumentaire toujours au nom du même multiculturalisme invoqué par Justin Trudeau... 

L'auteur du texte est David Le Gallant, historien acadien.