Le Droit: plus qu’un quotidien

OPINION / Ça me brise le cœur d’entendre que Le Droit, la voix des Franco-Ontariens(ne)s, risque de s’éteindre après plus d’un siècle de lutte. Comme vous le savez, Le Droit n’est pas qu’un simple quotidien, mais plutôt un élément essentiel de l’histoire de la langue, de la culture et de l’éducation francophone en Ontario.

Rappelons-nous que Le Droit est né en 1913, à l’époque du tristement célèbre Règlement XVII, qui limitait nos droits à l’éducation dans notre langue. Le Droit était là lors des débats sur la loi de 1968, créant les écoles secondaires publiques francophones en Ontario, et même pendant les crises scolaires de Sturgeon Falls et de Windsor en 1974 et 1977.

Le Droit a aussi été le compagnon d’armes des Franco-Ontarien(ne)s lors de la « première résistance ». Celle de l’association S.O.S. Montfort qui était contre la fermeture de l’hôpital Montfort par le gouvernement conservateur de Mike Harris en 1997.

L’année passée, lors du « jeudi noir » du mois de novembre, Le Droit a joué un rôle indispensable pour communiquer le désespoir des Franco-ontarien(ne)s à l’égard des coupures aux institutions éducatives et culturelles francophones et de la fermeture du Commissariat aux services en français par Doug Ford.

En tant que porte-parole des Franco-Ontarien(ne) s, Le Droit est en même temps témoin et acteur de la transformation identitaire de la plus grande population francophone en Amérique du Nord hors Québec. Votre quotidien est donc le symbole par excellence du développement d’une identité proprement franco-ontarienne. Il est le chien de garde de notre lutte de revendication pour que nos droits linguistiques et culturels soient respectés dans « notre place ».

La situation des médias indépendants, comme Le Droit, semble claire et nette aujourd’hui. Qu’est-ce que le gouvernement de M. Ford offre pour assurer la pérennité de ce journal centenaire ? Pour être franc, pas grand-chose. Pendant que Doug Ford flambe de l’argent dans son réseau d’informations fallacieuses, l’avenir du journalisme fondé sur des faits est carrément en jeu dans notre province. Alors si la ministre aux Affaires francophones Caroline Mulroney se dit « très déçue » des difficultés auxquelles Le Droit fait face, ses larmes de crocodile n’offrent pas de solution.

C’est le temps, je crois, d’avoir une conversation par rapport à l’avenir et au financement des médias en Ontario. Nous ne pouvons pas nous offrir la chance de perdre le seul journal qui représente nos droits et notre langue face à la majorité anglophone du territoire. Nous devons aussi avoir une réflexion concernant l’espace des médias locaux et leur rôle comme institutions indépendantes et démocratiques.

En tant que communauté, nous avons survécu la colère, le désespoir et la négation grâce à notre courage, notre ténacité et notre amour inconditionnel pour notre langue et notre culture. La devise de votre quotidien, « L’avenir appartient à ceux qui luttent », préconise clairement le sens identitaire des Franco-Ontarien(ne)s : nous sommes des gens combatifs, capables de surmonter les embûches de notre histoire. Le Droit n’est pas un journal comme tous les autres. Il représente un peuple… notre peuple.

Guy Bourgouin,

Député provincial de Mushkegowuk-Baie James,

Porte-parole de l’opposition officielle en matière d’affaires francophones