Le premier ministre canadien, Justin Trudeau

Le double discours de Justin Trudeau

OPINION / Certains médecins peuvent être tentés de se présenter en politique. Certains d’entre eux ont connu du succès à cet égard. Cependant, l’expérience récente de Dre Jane Philpott risque d’en dissuader plusieurs.

Justin Trudeau a expulsé Jody Wilson-Raybould (JWR) et Dre Philpott de son caucus sans leur donner l’occasion de se défendre devant leurs collègues députés libéraux, sans vote du caucus (contrevenant sans doute à la loi sur la réforme de 2015), et sans offrir aucune excuse.

Wilson-Raybould avait témoigné devant le Comité de la justice de la Chambre des communes concernant l’affaire SNC-Lavalin. Elle a expliqué en détail la façon dont elle et son personnel faisaient l’objet d’un « effort constant et soutenu » pour la convaincre d’interférer dans une décision judiciaire. Elle s’est montrée claire, méthodique, concise, factuelle et a tenu des propos accablants. Un appel téléphonique enregistré avec le secrétaire du cabinet Michael Wernick a permis de confirmer qu’elle avait bien été soumise à une pression indue.

Le 4 mars, Dre Philpott a soudainement démissionné de son cabinet. Elle s’est probablement souvenue qu’en tant que médecins, nous avons appris à être honnêtes, transparents et responsables, ainsi qu’à demeurer fidèles à nos amis, quel qu’en soit le prix. Comme elle l’a affirmé, « Je choisis la vérité ». J’ai choisi d’agir selon des principes qui sont si importants pour l’avenir de notre pays. Des principes qui sont beaucoup plus importants que ma carrière politique. » Malheureusement, nous avons tous constaté que ces normes élevées ne semblent pas s’appliquer à nombre de politiciens.

Par la suite, le principal conseiller de Justin Trudeau, Gerald Butts, a démissionné et Trudeau a annoncé que Joyce Murray deviendrait présidente du Conseil du Trésor. Wernick a par ailleurs indiqué qu’il prendrait sa retraite. Bill Morneau a présenté son budget préélectoral qui comprenait 22,8 milliards $ en nouvelles dépenses. Ces événements nous permettent-ils de « passer à autre chose »? La réponse est non.

Songez au fait que le 3 avril, les Héritières du suffrage ont siégé à la Chambre des communes. Elles étaient très conscientes de la présence des ex-élues libérales Celina Caesar-Chavannes, JWR, et Dre Philpott. Plus de 50 d’entre elles ont tourné le dos à Trudeau. Ensuite, le 7 avril, le chef du Parti conservateur du Canada Andrew Scheer a révélé que Trudeau avait menacé de le poursuivre en justice pour ses propos tenus sur l’affaire SNC-Lavalin.

Quelle crédibilité reste-t-il au premier ministre? Rappelez-vous de sa promesse de 2015 selon laquelle il allait « rétablir l’équilibre fiscal » en comparaison avec les données réelles, nous nous retrouvons avec un déficit de 19,8 milliards $ pour 2019-2020. Que reste-t-il de ses engagements de modifier le « scrutin majoritaire à un tour »? A-t-il vraiment renoncé aux projets de loi omnibus? Songez au fait que le projet de loi C-74, qui contenait l’accord de poursuite différée, ou le récent projet de loi omnibus sur le budget, d’une longueur de 392 pages, qui permettrait de limiter les franchissements « irréguliers » de la frontière de demandeurs d’asile? Qu’est-il advenu du « cadre pour les droits des populations autochtones »? Bien qu’il ait prétendu que la renonciation aux privilèges et à la confidentialité du Cabinet était « sans précédent » pour Jody Wilson-Raybould, l’un de ses ministres a admis que cela s’était produit à au moins quatre reprises depuis 1987.

Citons deux autres exemples de fausses déclarations : Le 20 février dernier, il a déclaré à la Chambre : « Nous lutterons toujours pour la défense des bons emplois partout au pays ».

Il déclare protéger 9000 emplois canadiens chez SNC-Lavalin, dont 2500 au Québec. Pourtant, Trudeau ignore en grande partie les plus de 110 000 emplois perdus en Alberta. L’industrie pétrolière et gazière est six fois plus importante que l’industrie manufacturière. Trudeau n’a pas appuyé les tentatives faites par d’autres pour revitaliser Énergie Est, alors que le pipeline de Trans Mountain est embourbé dans des dédales administratives depuis des années.

Citons un deuxième exemple : Lorsqu’il fût interrogé sur les plans de réforme de la santé du premier ministre de l’Ontario Doug Ford, Trudeau a déclaré : « Dans le passé, nous avons pris des mesures lorsque les provinces ne se conformaient pas à la Loi canadienne sur la santé, et nous nous assurerons que chaque province respecte les exigences de cette dernière. »

Cela aussi est manifestement faux. Tout comme ses prédécesseurs, il n’a fait respecter que certaines parties de cette loi fédérale, de manière sélective, c’est-à-dire en interdisant les frais d’utilisation et la surfacturation. Toutefois, les avantages médicaux des Québécois n’ont jamais été totalement transférables, bien que cela soit clairement requis selon l’article 11 de la Loi canadienne sur la santé. Lorsque les résidents du Québec demandent des soins médicaux dans une autre province, peu de médecins acceptent leur carte d’assurance-maladie. Ils doivent plutôt payer les frais médicaux de leur poche et attendre plusieurs semaines avant d’obtenir un remboursement partiel.

Ces exemples contribuent à réduire l’impact des menaces récentes de Trudeau de poursuivre Andrew Scheer en justice pour ses commentaires sur l’affaire SNC-Lavalin : « Il y a des conséquences à mentir aux Canadiens. »

L'auteur est Charles S. Shaver, MD, Ottawa.