«Après plusieurs mois de tests, d’attente et de préparation, [mon père] s’apprêtait à m’offrir un cadeau d’une valeur inestimable: un de ses reins.»

Le don d’une vie

OPINION / Il y a trois semaines, j’entrais à l’hôpital St. Michael’s, à Toronto. Le lendemain, mon père m’y suivait. C’était le Jour J. Un fort sentiment de fébrilité m’habitait. Après plusieurs mois de tests, d’attente et de préparation, il s’apprêtait à m’offrir un cadeau d’une valeur inestimable: un de ses reins.

À l’aube, mon père fut le premier à être opéré. L’intervention dura près de cinq heures au total. L’attente nous parut interminable. Heureusement, les chirurgiens affichaient un grand sourir à leur sortie du bloc opératoire. Celle-ci s’était déroulée telle que prévue et le patient se remettait calmement des effets de l’anesthésie.

C’est donc en toute sérénité d’esprit que j’ai emboîté le pas en début d’après-midi. Quelques heures plus tard, c’est entouré de mes proches — et d’un père visiblement fier et ému — que j’ai émergé d’un profond sommeil. Les émotions coulaient à flot dans notre petite chambre d’hôpital semi-privée. La morphine dans mes veines aussi. Malgré cela, c’est un moment qui restera à jamais gravé dans ma mémoire.

Moins d’une semaine plus tard, nous obtenions tous les deux notre congé de l’hôpital. Depuis, mon père et moi sommes en convalescence à la maison. Celle-ci devrait durer plusieurs semaines, voire des mois, mais les résultats préliminaires s’annoncent déjà prometteurs.

Aujourd’hui, je me sens animé d’une énergie et d’une lucidité d’esprit renouvelées. Inutile de vous dire, aussi, à quel point je déborde de gratitude.

D’abord, envers ma famille. Amour inconditionnel, générosité inégalée, don de soi… Les mots m’échappent pour exprimer à quel point je leur suis reconnaissant. Il en va de même pour mes amis et mes collègues qui m’ont témoigné leur appui au cours des dernières semaines. J’ai l’impression qu’ils m’ont tous — chacun à leur manière — donné une partie d’eux-même.

Bien entendu, j’ai également une pensée bien spéciale pour tous les travailleurs qui oeuvrent au sein de notre système de santé. Malgré le rythme effréné de leurs quarts de travail, leur dévouement au bien-être des patients demeure inébranlable et se vaut digne d’admiration. Plus que tout, mon récent séjour à l’hôpital m’a permis de prendre pleinement conscience du privilège de pouvoir compter sur un système de soins de santé public et universel.

Enfin, je ne peux m’empêcher de reconnaître la chance que j’ai d’avoir trouvé un donneur compatible au sein de ma famille. On ne peut en dire autant des gens qui sont en attente d’une transplantation d’organe ou de tissus; les listes d’attente sont terriblement longues. En cette Journée mondiale du don d’organes et de la greffe, je vous invite à réfléchir sur la question et à considérer vous inscrire au registre de donneurs (si ce n’est pas déjà fait!).

Un jour, quelqu’un pourrait vous en être reconnaissant à vie.

Pierre-Olivier Gagné-Corriveau, Ottawa