Les travailleurs de Derichebourg pourraient déclencher une grève.

Le développement durable passe par le respect pour les éboueurs

OPINION / Le thème de la collecte des ordures ménagères a récemment pris beaucoup de place dans l’actualité gatinoise. Alors que la Ville de Gatineau s’efforce de faire évoluer ses pratiques en la matière afin de réduire son impact environnemental (et les coûts qui viennent avec), on apprenait récemment que les travailleuses et travailleurs de l’entreprise Derichebourg, responsable de cette collecte, pourraient déclencher une grève.

Le thème de la collecte des ordures ménagères a récemment pris beaucoup de place dans l’actualité gatinoise. Alors que la Ville de Gatineau s’efforce de faire évoluer ses pratiques en la matière afin de réduire son impact environnemental (et les coûts qui viennent avec), on apprenait récemment que les travailleuses et travailleurs de l’entreprise Derichebourg, responsable de cette collecte, pourraient déclencher une grève.

La Loi sur les services essentiels s’appliquant à leurs activités, les membres du syndicat Unifor ne pourraient que tout au plus ralentir la cadence. Un moyen de pression bien maigre quand il s’agit d’établir un rapport de force avec une multinationale dont le siège se situe de l’autre côté de l’Atlantique et dont le chiffre d’affaires frôle les trois milliards d’euros.

Que réclament les éboueurs dans cette première convention collective ? Entre autres choses un salaire horaire supérieur aux 13,20$/h qui leur sont présentement accordés. Salaire qui, s’ils étaient restés au service de leur ancien employeur, aurait déjà été porté à 16$/h en janvier 2019, et alors que, de façon croissante, l’idée d’un salaire minimum à 15$/h gagne en popularité au Canada. Dévalorisé socialement, le métier d’éboueur est pourtant absolument indispensable et extrêmement exigeant. En 2010, une étude de chercheurs de l’Institut Robert-Sauvé en santé et en sécurité du travail (IRSST) documentait les « risques multiples et hétérogènes » rencontrés par ces travailleuses et travailleurs, et les nombreux défis quant à la mise en place de pratiques sécuritaires.

Au-delà de ces risques, le rapport de l’IRSST pointait du doigt la sous-traitance de la collecte des ordures ménagères comme facteur déterminant de l’intensification et de la dégradation des conditions de travail. Contraintes par la règle du plus bas soumissionnaire, les municipalités exercent une pression indirecte sur les contracteurs conduisant à une augmentation importante de la charge et à une baisse des conditions salariales. Face à cela, les éboueurs se trouvent privés de leur principal moyen de pression, la grève, qui permettrait pourtant de rappeler à la population le caractère essentiel de leur activité.

Les appels d’offres des municipalités incluent de multiples exigences en termes de produits, de spécifications techniques, de délais, etc. Alors que l’autonomie et les pouvoirs des villes viennent d’être augmentés par de nouvelles dispositions législatives, rien ne semble empêcher que ces appels incluent également des exigences directes en termes de conditions de travail (salaires, santé et sécurité au travail, etc.) pour les salariées et salariés des sous-traitants, reflétant en cela les logiques courantes de co-gestion patronale qu’on trouve dans le cas des entreprises réseau et des chaînes de valeurs. Il est inacceptable que des « économies » se fassent sur le dos de salariées et salariés dont l’activité, déjà ingrate, est si essentielle à notre qualité de vie collective.

En attendant le prochain appel d’offres, il est de la responsabilité des municipalités, et ici de la Ville de Gatineau, de faire les représentations nécessaires auprès de leurs sous-traitants afin que ceux-ci offrent des conditions de travail décentes à leurs employées et employés. Ce n’est que par ce biais que les objectifs de développement durable, si chers à nos décideurs publics, seront atteints. On a en effet tendance à oublier qu’aux côtés du développement économique et du respect de l’environnement, le triptyque du développement durable comprend également un pilier de développement social, touchant explicitement aux conditions de travail et de rémunération. 

À Gatineau comme ailleurs, les éboueurs sont un maillon essentiel de cette chaine et méritent des conditions de travail à l’image du respect que nous leur devons.

Les auteurs du texte sont Guy Bellemare, professeur titulaire au département de relations industrielles de l'Université du Québec en Outaouais et Thomas Collombat, professeur agrégé au département des sciences sociales de l'Université du Québec en Outaouais.