Le cri des libraires de l'Ontario français

Depuis un certain temps, des libraires franco-ontariens sonnent la trompette de leurs difficultés financières et la possibilité de fermeture. Une concertation et une politique d'acquisition des grands intervenants du livre en Ontario français sont requises afin de maintenir nos centres de ventes de livres partout dans la province.
Plusieurs raisons, tant économiques qu'institutionnelles expliquent cet état de fait.
Au plan économique, la numérisation du livre a grandement modifié les habitudes des lecteurs grâce à une disponibilité des ouvrages en version électronique à peu de frais.
Les habitudes de lecture des francophones ont aussi grandement changé. Nous lisons de moins en moins, et souvent les ouvrages achetés sont en langue anglaise, ce qui réduit encore plus le marché francophone. Les francophones ont aussi tendance à lire des biographies, des romans, des livres de recettes et d'autres ouvrages utilitaires, qui sont disponibles en très grand nombre dans les grandes chaînes - souvent à des prix coupés afin d'attirer des consommateurs.
Il devient difficile pour les libraires indépendants francophones de concurrencer avec ces multinationales, qui achètent un très grand volume de livres à des prix avantageux.
Au niveau institutionnel, de grandes librairies québécoises offrent aux institutions francophones et francophiles, dont les conseils scolaires, des ouvrages à des prix éliminant pratiquement toute concurrence par les libraires indépendants francophones. De plus, les conseils scolaires francophones s'approvisionnent principalement d'un seul fournisseur, ce qui réduit la possibilité de supporter un marché francophone indépendant du livre en Ontario.
L'argument des bibliothèques publiques et des conseils scolaires est que leur choix est fait en fonction du prix. On ne tient pas compte du libraire indépendant qui se distingue par un service personnalisé et la disponibilité de l'ouvrage.
Nous devons développer une politique d'acquisition du livre en Ontario français qui regroupe tous les intervenants par une rencontre stratégique et de concertation de ces derniers. Ce groupe doit inclure autant les conseils scolaires francophones et anglophones qui achètent des livres en langue française, les bibliothèques publiques, les auteurs, les maisons d'édition et les consommateurs.
Cette politique doit aménager l'acquisition de livres par une liste de librairies certifiées dont le mandat est la vente d'ouvrages principalement en langue française en Ontario à des prix établis dans une fourchette pour une période de temps donné. Les acquisitions doivent aussi faire l'objet d'un processus d'appel d'offres aux librairies certifiées qui ont une place d'affaires en Ontario afin de tenir compte de l'ouverture des marchés publics au Canada.
Cette politique d'acquisition du livre doit recevoir l'appui du gouvernement de l'Ontario afin d'amener à la table les intervenants institutionnels qui ont par habitude acheté leurs ouvrages sans contraintes ou obligations communautaires.
Tous les intervenants doivent faire des compromis afin qu'une partie dentre eux, comme les bibliothèques publiques et les conseils scolaires, ne fassent l'objet de nouveaux coûts exceptionnels dans l'acquisition d'ouvrages.
Une marque de succès de cette nouvelle politique sera son adoption par les intervenants dans le monde du livre en Ontario et une volonté du gouvernement ontarien d'épouser cette politique avec les adaptations nécessaires au monde anglophone.
Lorsque les francophones expriment leur leadership dans la résolution de leurs problèmes, ils deviennent un point de référence pour l'Ontario tant anglophone que francophone.
En se concertant par l'adoption d'une politique du livre en Ontario français qui englobe un processus d'acquisition et de distribution, nous guidons les intervenants à agir pour l'ensemble de la communauté francophone et la survie du monde littéraire francophone en Ontario.