Le conseiller municipal dans Orléans, Matthew Luloff

Le conseiller Luloff répond à un citoyen

OPINION / À Jean Nadeau, Merci d’avoir pris le temps de me faire part de vos réflexions («Très, très déçu», Le Droit, 27 juin). Je dois commencer par vous dire qu’il s’agit du vote le plus difficile auquel j’ai eu à faire face en tant que nouveau conseiller de la Ville d’Ottawa.

Durant ma campagne électorale, j’ai dit que je n’étais pas en faveur de regrouper des refuges dans un même quartier et je maintiens ma position. Je comprends l’effet des refuges sur les résidents et les commerces locaux et ce n’est pas acceptable qu’un secteur supporte le fardeau à lui seul. Présentement, le marché By compte trois grands refuges. Ce n’est pas viable. Je suis solidaire des préoccupations soulevées par la population de Vanier à propos du nouveau refuge proposé par l’Armée du Salut en novembre 2017, proposition approuvée par le Conseil municipal précédent. 

L’idée même d’avoir besoin d’un nouveau refuge m’horripile. Je préférerais et de beaucoup que cet emplacement accueille plusieurs logements supervisés et abordables. Je ne crois pas qu’une rue principale est un lieu propice pour un nouveau refuge, surtout dans un contexte où nous cherchons des moyens de stimuler le développement économique de Vanier. Nous disons une chose et son contraire à propos de ce dossier.

Offrir des lits en refuge d’urgence, c’est comme réparer la plate-forme pétrolière Deepwater Horizon avec du ruban adhésif. Ça va également à l’encontre de notre plan d’investir d’abord dans le logement. Nous avons consacré 15 millions $ du présent budget au logement abordable, car c’est le modèle approprié. Des lits en refuge d’urgence ne sont pas la bonne solution. Néanmoins, nous en avons besoin pour le moment et ces lits pourraient sauver des vies par une froide nuit d’hiver.

Je suis content de voir que l’Armée du Salut s’est efforcée de rencontrer des partenaires concernés afin de discuter avec eux de leurs préoccupations et qu’elle a annoncé son intention de modifier sa proposition de 2017. Les interventions et pressions de SOS Vanier ont connu un certain succès: la portée du projet a considérablement diminué. Maintenant, le projet comporte du logement, ce dont notre ville a grandement besoin. Le counseling sur la consommation de drogues ne se fera pas sur place et l’Armée du Salut m’a dit que le refuge aura des lits destinés aux vétérans sans-abris, un service dont nous avons également grandement besoin. 

Ce sont là des gains pour SOS Vanier, mais je soutiens, malgré tout, que ce n’est pas suffisant.

À LIRE AUSSI: Très, très déçu

Je voulais que la communauté soit entendue. Je voulais que l’Armée du Salut écoute. Franchement, je souhaitais que cette question soit réglée avant que je siège au Conseil. 

J’ai pris le temps d’écouter SOS Vanier lors de la consultation organisée par le Service de police dans Overbrook au cours de la campagne électorale. Le personnel de mon bureau a rencontré Drew Dobson et je l’ai aussi appelé. J’ai pris le temps d’écouter l’Armée du Salut. J’ai pris le temps de lire chacun des courriels qu’on m’a envoyés m’incitant à appuyer cette motion. J’ai pris le temps d’écouter le conseiller Mathieu Fleury.

Je n’apprécie toutefois pas la façon dont le conseiller Fleury s’y prend pour amener le conseil à révoquer les permis autorisant l’Armée du Salut à construire son refuge. L’Armée du Salut n’a jamais induit en erreur le conseil précédent. M. Fleury est de mauvaise foi lorsqu’il nous dit qu’il n’était pas au courant que l’Armée du Salut n’avait pas encore acheté la propriété. En fait, on lui a dit directement et publiquement que l’Armée du Salut procéderait à son achat lorsque le plan d’implantation serait étudié et approuvé - ce qui est tout à fait normal. Il a posé la question et on lui a répondu honnêtement. 

Je ne peux pas, en toute conscience, appuyer une motion qui tente de rendre le refuge inadmissible pour une raison d’ordre technique. Le conseil précédent a pris la décision d’appuyer ce projet. Je me demande, et cela en tout respect pour mon collègue de Vanier, si on aurait pu en faire davantage dans les premiers stades du projet pour en arriver à une entente à l’amiable avec les résidents de Vanier et l’Armée du Salut? Je n’aime pas servir de pion dans la joute politique que livre le conseiller Fleury. 

Les procédures ont de l’importance. À quand remonte la dernière fois que la Ville d’Ottawa a annulé une modification au Règlement de zonage sur le dos d’un organisme à but non lucratif fournissant des services à nos résidents les plus vulnérables? Ça n’est jamais arrivé. Envisagerions-nous même la présente motion s’il s’agissait de Wabano ou de Cornerstone?

Le manque de nuance dans ce dossier me trouble. Il est néfaste d’aborder cette question comme exclusivement « bonne » d’un côté et exclusivement « mauvaise » de l’autre. Nous devons contrer la stigmatisation associée au besoin de soutien social. Je crois que tous les quartiers de la ville doivent intensifier le combat et soutenir les personnes vulnérables. Je crois que Vanier en fait beaucoup plus que sa juste part. Orléans abrite Les Terrasses Montfort qui fournissent des logements en milieu de soutien aux personnes souffrant de problèmes de santé mentale et de dépendances. Je suis fier que Les Terrasses soient dans ma collectivité et je suis conscient que si j’étais dans cette même position en tant que conseiller de Vanier, je ferais des pressions pour déplacer le refuge de la rue principale. 

Nous devons mettre l’Armée du Salut sur la sellette pour que les changements annoncés se concrétisent véritablement. Je veux que l’Armée du Salut continue de collaborer avec SOS Vanier afin de bonifier davantage les modifications de sa proposition. Si nous voulons libérer des lits en refuge d’urgence, construisons des logements abordables et supervisés. Si vous voulez réellement ne plus avoir à fournir ces lits, soyez partie prenante de la solution. Construisez des logements abordables sur cet emplacement.  

L'auteur est Matthew Luloff, conseiller dans Orléans pour la Ville d’Ottawa.