L'école secondaire de l'Île à Hull

Le Centre Asticou et les polyvalentes Mont-Bleu et de l’île de Hull

OPINION / Êtes-vous curieux de savoir d’où proviennent trois institutions bien connues de Gatineau et la relation entre elles : le Centre Asticou, la polyvalente Mont-Bleu et celle de l’île de Hull.

En 1969, je suis animateur de la vie étudiante (aujourd’hui appelé Directeur des étudiants) à la Polyvalente de Hull. C’est là que je découvre l’incompatibilité d’une qualité d’enseignement avec la structure physique de cet édifice. Je prends acte et tente d’atténuer le plus possible les mauvaises conditions pour un enseignement supérieur.

En 1972, je suis élu commissaire d’école à la Commission scolaire de Hull, suite à la réforme de l’éducation adoptée à l’Assemblée nationale.

En 1973, je quitte le programme CAP à Touraine et me retrouve le tout premier « agent de planification de la main-d’œuvre du gouvernement fédéral » (aujourd’hui appelé planification des ressources humaines) à la direction du personnel de la Commission de la fonction publique (CFP). C’est là que j’ai appris que la CFP cherchait de l’espace pour relocaliser et centraliser le Bureau des langues officielles (formation linguistique des fonctionnaires qui était située dans des locaux à Ottawa et à Vanier [Eastview]).

La petite histoire

À la fin des années 1960, le député de Hull à l’Assemblée nationale, Oswald Parent, promet de construire une énorme école polyvalente à Hull, dans l’esprit du Rapport Parent. Il avait même choisi l’emplacement : un terrain marécageux aux limites nord-ouest de la ville. Connaissant Oswald Parent, il était assez évident qu’il avait fait l’acquisition de ce terrain dans la perspective de réaliser sa promesse et de le refiler à la Commission scolaire régionale de l’Outaouais, commission nouvellement créée, toujours dans l’esprit du Rapport Parent. Cette CSRO englobait tout le territoire de l’Outaouais, d’Aylmer à Gatineau, pour desservir toute la clientèle du secondaire. Cette dernière pouvait atteindre près d’un millier d’élèves.

Le principe premier de cette approche dite polyvalente consistait à consacrer des locaux spécifiques pour chaque discipline scolaire. Ainsi, l’étudiant devait se déplacer d’un local à l’autre afin de recevoir sa formation préalablement définie. L’horaire de chaque élève devait tenir compte du temps requis pour ses déplacements d’un local à l’autre, d’un pavillon à l’autre, tout en lui permettant de se délasser et de faire un arrêt à son casier pour se munir du matériel nécessaire pour la nouvelle discipline scolaire.

Cette école fut finalement construite sur un seul et unique étage puisque le sol sur lequel reposait l’édifice ne pouvait pas accueillir un poids supérieur à un étage. Il est facile de concevoir le nombre de pavillons et de salles de classe requis pour accommoder autant d’élèves. Si l’on devait parcourir tous les corridors, il fallait marcher plusieurs kilomètres.

Nous nous retrouvons donc en 1973 : je suis toujours commissaire d’école et fonctionnaire fédéral. C’est également de là que j’ai pu mettre en relation ces deux fonctions.

Voici donc la vraie histoire de la vente de la Polyvalente de Hull au gouvernement fédéral pour en faire un centre de formation linguistique, le Centre Asticou.

Un de ces matins, alors que je me rendais à mon travail à Ottawa, le neurone qui connaît les besoins d’espaces de la CFP en matière de formation linguistique et le neurone qui connaît la non-fonctionnalité de l’enseignement à des adolescents dans les conditions décrites plus haut se rejoignirent et la lumière s’alluma.

Dès lors, il me fallait être d’une discrétion absolue malgré mon enthousiasme à cette idée :

1) Oswald Parent était on ne peut pas être plus susceptible que ça vis-à-vis cette précieuse réalisation : il venait de créer La Cité des jeunes ! Et on allait lui demander, non seulement de la céder au fédéral, mais également de vendre au gouvernement provincial et le concept et la construction de deux nouveaux édifices de remplacement sur le territoire de la Ville de Hull et ce, dans des délais invraisemblables, mais faisables si la volonté politique y était ;

2) l’insécurité qu’aurait pu créer une telle rumeur parmi les cadres et tout le personnel enseignant de ladite polyvalente, en plein cœur de l’année scolaire, aurait grandement compromis le succès de cette aventure ;

3) le même phénomène se serait produit également parmi les différents employés de la formation linguistique, tant le personnel enseignant que les fonctionnaires en formation, d’autant plus que cette formation était déjà étalée dans plusieurs édifices à travers la région ontarienne de la Capitale nationale ;

4) une rumeur à l’effet que le gouvernement fédéral était à la recherche d’un bâtiment d’une telle superficie aurait déclenché une ruade aux enchères de la part des promoteurs immobiliers, particulièrement d’Ottawa.

À compter de ce jour, j’ai dû faire preuve d’un grand tact, de faire appel à mon sens du pardon (puisqu’Oswald Parent et moi n’étions pas de bons amis depuis mon passage à la présidence de la Jeune Chambre de Hull), de bien définir la logistique des démarches à entreprendre pour parvenir, en silence, à assoir les deux parties à la même table.

La démarche

Je décidai donc d’attaquer en même temps les deux côtés du tableau. Dans la plus grande discrétion, et presque simultanément, je rejoignis le président de la CFP de l’époque (la formation linguistique relevait de sa compétence), John Carson, et lui ai demandé d’examiner cette éventualité d’ici à ce que le député-ministre Parent accepte d’aller de l’avant.

Dans la même période de temps, je décidai de mettre dans le coup, ce qui était d’ailleurs essentiel, le directeur général de la Commission scolaire régionale de l’Outaouais (CSRO), Fernand Mousseau, lequel entretenait de bonnes relations avec Oswald Parent. M. Mousseau ne fut pas difficile à convaincre : il connaissait tous les inconvénients reliés à l’édifice de l’École polyvalente de Hull. Il fut également convenu entre nous que le directeur général de la CSRO, Jean Larsimont, ne devait absolument pas connaître notre démarche : sa loyauté pourrait être mise en cause !

Toujours dans la plus grande discrétion, Fernand Mousseau alla rencontrer Oswald Parent accompagné du président de la CSRO, Gérald Rivest. Ce dernier m’invita à me joindre à eux étant donné ma relation avec l’acheteur potentiel. À la surprise générale, Oswald Parent accepta le principe et nous garantit d’y mettre tous les efforts pour réaliser l’ensemble de ce grand bouleversement : une vente sans doute à perte, plus l’acquisition des terrains et la construction de deux nouvelles écoles polyvalentes dans des délais inhabituels.

De son côté, John Carson fit les démarches nécessaires auprès du ministre fédéral des Travaux publics (toute acquisition d’infrastructures fédérales relevait de ce ministère) pour le convaincre des avantages de cette transaction : coût très avantageux et rapidité d’emménagement.

Durant des nuits entières, pour éviter de propager des soupçons, des architectes et des ingénieurs des deux parties se rencontrèrent sur le site et échangèrent les données relatives à cette transaction.

Et les deux ministres, provincial et fédéral, se rencontrèrent pour finaliser l’entente et ainsi la rendre publique.

En tant que fonctionnaire fédéral originaire du Québec, je me réjouissais d’amener chez nous un édifice fédéral qui répondait à un besoin grandissant de la formation linguistique dans la fonction publique fédérale.

En tant que commissaire d’école, je me réjouissais que l’on puisse se départir d’un éléphant blanc qui ne répondait absolument pas aux normes pédagogiques de l’enseignement secondaire.

Aujourd’hui, les deux écoles secondaires, Mont-Bleu et de l’Île, sont construites et remplissent leurs missions. Le Centre Asticou, en plus de servir de centre de formation linguistique, est largement utilisé pour différents types de formation et de perfectionnement du gouvernement fédéral. De plus, un pavillon a été érigé en centre de formation professionnelle pour l’enseignement des métiers en Outaouais.

La grande transformation réussie !

Ce texte a été écrit par Bertrand Fortin, un résident de Gatineau.