Le Canada et le suicide accompagné

Le meurtre de Jocelyne Lizotte par son mari Michel Cadotte, le 20 février, a relancé le débat sur l'aide médicale à mourir. Puisque l'épouse était atteinte d'Alzheimer, on a parlé de « crime par compassion », bien que ce terme n'existe pas dans le Code criminel. Il y a meurtre au premier degré ou meurtre non prémédité.
Faut-il revoir le critère de « mort raisonnablement prévisible » et d'aide médicale à mourir de façon anticipée ? Certainement et même prévoir le suicide accompagné.
Dans mon livre Ma jumelle m'a quitté dans la dignité (Éditions du GREF, 2017), je décris comment Paulette (Sylvestre) Marisi a dû se rendre en Suisse pour mourir dans la dignité. Ma soeur vivait en Colombie-Britannique et souffrait de la sclérose en plaques depuis 20 ans, mais ne se trouvait point en phase terminale. La loi canadienne amendant le Code criminel (C-14) lui était inutile.
L'expression « aide médicale à mourir » évite de parler d'euthanasie et se veut dès lors plus altruiste. Il n'en demeure pas moins qu'une injection, une accélération du débit d'une perfusion ou une cessation délibérée de soins constitue une euthanasie, active ou passive. L'intention est de provoquer directement la mort. 
Dans le cas d'une euthanasie, la mort doit être induite par un tiers, un médecin ou un corps de médecins, que ce soit par action ou omission.
Ma soeur Paulette a choisi de se rendre en Suisse, chez Dignitas, pour ce que cette association appelle « un suicide accompagné ». Pour ma jumelle, psychologiquement, il s'agissait d'une aide médicale à mourir, une façon de partir comme elle avait vécu depuis 68 ans, soit dans la dignité.
La procédure du suicide accompagné chez Dignitas est relativement simple. Voici le déroulement qu'elle, et les autres dans son état, suivent : signature de documents officiels à 11 h, médicament contre le vomissement à 11 h 15, environ 1 décilitre d'eau dans lequel 15 grammes de natrium pentabarbital ont été dissouts à 11 h 45, profond coma à 11 h 47, décès à 11 h 57. 
Selon une préposée de Dignitas, la fin a été plus rapide que dans la majorité des cas.
Les démarches pour un suicide assisté chez Dignitas demeurent relativement complexes. La demande doit être accompagnée de rapports médicaux et de certificats (naissance, mariage, divorce) datant de moins de six mois. Il faut deux rencontres en 36 heures avec un médecin suisse.
Le suicide assisté est une affaire de gros sous. Voici un éventail des frais qu'elle a dû encourir : préparation du dossier (5000 $), rencontres avec le médecin (1480 $), suicide accompagné proprement dit (3625 $), pompes funèbres (3625 $), frais d'adhésion et démarches auprès des autorités (1900 $). À cela s'ajoutent les frais pour obtenir des certificats datant de moins de six mois, le transport et l'hébergement à Zurich.
Ma soeur était accompagnée de ses deux enfants et a dû voyager en classe affaires en raison de sa condition physique. En tout et partout, les trois jours en Suisse lui ont coûté 32 500 $. N'est-il pas temps de permettre ce genre de fin de vie dans la dignité au Canada ?
L'auteur, Paul-François Sylvestre, est écrivain, basé à Toronto.